LEE SMOLIN : "La renaissance du temps" (2014) - Intemporalité mathématique - Invariants sémiotiques - Asimultanéité - Physique en boîte - Causalité et asymétrie - Indétermination et volition - Sédimentation mémorielle - Relationalisme et Agapisme - Auto-organisation cosmique.
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Anselm KIEFER Superstrings
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RÉSUMÉ
- 1. Le mirage de l'intemporalité mathématique
- 2. Les grandeurs physiques comme invariants sémiotiques
- 3. L'asimultanéité einsteinienne et le piège du présent
- 4. La bipartition des échelles et la physique en boîte
- 5. Causalité et asymétrie : le débat Rovelli / Smolin
- 6. Indétermination quantique et volition humaine
- 7. Brisure de symétrie et sédimentation mémorielle (Panodia et Unusia)
- 8. Du relationnisme à l'agapisme peircien
- 9. Thermodynamique et auto-organisation cosmique
Comme avec l’ouvrage de Rovelli du précédent billet, je livre ici des réflexions personnelles suscitées par la lecture. Il peut arriver que le commentaire suive de près le texte mais souvent il s’en évade très librement. Il est sélectif dans le choix des thèmes d’intérêt. J’y souligne les points d’accord ou de divergence avec l’auteur, l’ensemble me permettant d’exprimer mon propre point de vue sur le sujet traité. Cela m’est facilité par un recentrage systématique sur le modèle cosmologique Panodia, autour duquel ce blog philosophique s’élabore désormais.
Par convention, j'utilise (1) les majuscules pour les mots-concepts notamment ici pour tous ceux qui désignent des Grandeurs physiques, (2) les italiques pour les mots que je désire souligner, les expressions imagées ou empruntées à une langue étrangère et (3) les guillemets pour les expressions citées ou les citations entières.
1. LE MIRAGE DE L'INTEMPORALITE MATHEMATIQUE
Dans l’antiquité occidentale les mathématiques et la géométrie ont eu
leur heure de gloire de Pythagore à Ptolémée puis l’ère chrétienne les a
relativement effacés du tableau jusqu’à leur résurrection par Galilée au
XVIè siècle.
Galilée ne s’est pas contenté de ressusciter l’interprétation
mathématique du monde : il a fait descendre le ciel sur la terre. Avec lui
les mathématiques n’ont plus été réservées à l’astronomie et à l’étude de
cette réalité intemporelle et parfaite qu’est le monde dit lunaire.
Ainsi est-il le premier à observer que tout objet lancé en l’air tombe en
décrivant une parabole et que l'accélération de son mouvement est
constante.
Mais pour Smolin cette désacralisation du ciel n’a fait que renforcer le
caractère intemporel accordé aux mathématiques, notamment chez ceux qui
les pratiquent. Il y perçoit même un présupposé religieux ou une attitude
mystique, en raison de l’idée de perfection supposée inscrite au cœur de
la nature. Cette vision transcendante en a attiré beaucoup vers la
science. Il avoue avoir été de ceux-là à ses débuts mais en être revenu
par la suite.
Même si l’on s’en tient au ciel, l’histoire de l’astronomie nous montre
rétrospectivement que les mathématiques ne rendent pas compte de la
perfection de l’univers mais seulement de notre capacité à le
connaître. C’est en somme un outil d’approche dont le mérite
principal est, paradoxalement, de s’accomoder de l’imperfection, que cette
imperfection ait sa source dans l’observateur ou dans le monde
lui-même.
Ainsi le ciel mathématique géo-centré de Ptolémée était-il
presque parfait. Malgré l’erreur fondamentale sur laquelle il se
fonde il parvient en effet à prédire les mouvements des planètes, y
compris dans leurs irrégularités. Pendant plus d’un millénaire on
s’en satisfit, et ceci à bon droit car il rendait raisonnablement compte
de la réalité, encore restreinte, que l’homme était capable d'inférer de
ses observations du ciel.
Il y a ici une leçon que nous devons tirer. Pas plus la beauté
mathématique que l’accord avec l’expérience ne peuvent garantir que les
idées sur lesquelles se fondent une théorie ont un rapport
vrai avec la réalité.
L’histoire de l’astronomie de Ptolémée à Kepler (1571-1630) montre que
c’est l'élargissement du Réel observable (ou perceptible), l’accroissement
d’échelle et de niveau de détail, le questionnement sur les exceptions à
la règle, qui ont fait évoluer l’outil mathématique afin qu’il serve de
manière plus idoine le projet scientifique. C’est la curiosité pour la
nature du Réel, la qualité des observations et surtout le changement de
perspective et de cadre qui conditionnent le progrès des connaissances, et
non pas la capacité à découvrir l’ultime sésame mathématique.
Et pourtant, ce qui frappa les contemporains de l'âge classique de
Galilée à Newton c’est l’analogie entre le mouvement des corps terrestres
- la parabole de l’objet qui tombe - et celui des corps célestes -
l'ellipse des planètes tournant autour du soleil. Deux figures de section
conique, deux univers désormais unis au nom d’une nouvelle forme
d’idéalisation mathématique.
" En ce monde infusait la divinité parce que la mathématique
intemporelle était au cœur de ce qui bouge, sur Terre et dans le Ciel.
Si l’intemporalité et l’éternité sont des aspects du divin, alors notre
monde - c’est-à-dire l’histoire entière de notre monde - peut être aussi
éternel et divin. "
Le temps étant perceptible par le mouvement des corps, c’est à étudier ce
mouvement que la science va d’abord se consacrer avec Newton. Notons - ce
que Smolin oublie curieusement de faire alors que cela aurait pu servir
son propos - que c’est une formidable réduction du temps tel qu’il a été
donné à l’homme de le percevoir. On en exclut d’emblée deux traits
essentiels : le présent et la mémoire. On y reviendra.
Avant son élision pure et simple dans les théories de la gravitation
quantique (voir plus bas), le temps est donc déjà sérieusement amputé afin
de le rendre compatible avec l’outil mathématique, pour être assimilable à
lui. Le mouvement, qui est censé illustrer le temps, se concrétise dans
une courbe mathématique considérée comme définitive et se suffisant à
elle-même, une inscription dans le marbre, à l’égal de la beauté
Baudelairienne.
Cette introduction en forme de rappel historique - outre qu’elle place
d’emblée et de manière explicite le propos principal du livre - a un
intérêt particulier pour Panodia. Celui de suggérer que l’univers, le
cosmos, est celui que chaque acteur ou groupe d’acteurs du monde se donne
(chaque Éprouvant pour Panodia), à raison de son statut propre, et
notamment de sa place dans l’Espace-temps. Par définition le cosmos
Panodia inclut tous ces acteurs, humains ou non, ainsi que leurs
représentations du Réel, aussi partielles et provisoires soient-elles (je
les appelle des Phanèmes). Ainsi en va-t-il du monde géocentré et
prétendûment dépassé de Ptolémée, lequel a quand même la sanction d’un
millénaire !
La réduction que les sciences physiques opèrent sur la notion de temps
afin de le rendre manipulable par les maths en réduit drastiquement la
définition par rapport à l’acception courante. En effet, le Temps de la
science est l’écart mesurable qui sépare deux moments. Il n’a donc
a priori rien a voir avec le temps universel, s’il existe, bien peu
avec celui de la métaphysique et encore moins avec celui de l’existence.
On reconnaîtra ici le Temps de la science, la Grandeur physique, à sa
majuscule.
Confondre ces différents temps dans le discours conduit à des paradoxes
trompeurs. Rovelli et Smolin, deux physiciens philosophes, ne sont pas
indemnes de cette critique. Rovelli, constatant que le Temps des équations
n’est guère qu’une variable auxiliaire, en déduit que le temps n’existe
pas (voir billet précédent). Smolin, ne voyant nul signe du présent immédiat ni trace mémorielle
dans les théories physiques, juge que celles-ci échouent à expliquer la
nature fondamentale du cosmos (voir plus bas) ! Mais de quel temps (ou
Temps) parlent-ils exactement l’un et l’autre ?
Dans Panodia le temps est défini concrètement par l’existence d’un processus le supposant comme écoulement ou comme flux. Dans le compartiment du réel phénoménologique il y a, d’une part, les modalités de création et leurs schémas d’émergence (voir billet Unus mundus et création) et, d'autre part, la Sémiose (selon Peirce) par laquelle les évènements primitifs se modifient progressivement jusqu'à acquérir un sens, voire à s’ériger en Loi (de la Priméité vers la Tiercéité). Tout cela au sein de ces îlots de signification que sont les Phanérons (voir billet Pierce et Panodia 1/3). Dans le compartiment où finissent par se sédimenter les Lois et où s’édifie la Mémoire (j’appelle ce deuxième compartiment Unusia), une maturation sélective s’accomplit nécessitant, là aussi, un passage du temps.
C’est dire que j’adopterai la posture philosophique de Smolin visant à
libérer le temps du corset mathématique. Mais comme non-spécialiste, je ne
me fais pas un devoir, comme lui et ses pairs théoriciens de la physique,
de rendre le temps de la science conforme à n’importe quel prix à celui de
la métaphysique. Mon souci sera au contraire de distinguer les temps quand
cette distinction me semblera pertinente.
2. LES GRANDEURS PHYSIQUES COMME INVARIANTS SEMIOTIQUES
Newton inaugure une ère des sciences physiques où les "Grandeurs" (Temps,
Espace, Masse, Force, Température, etc.) s'émancipent des relations (entre
phénomènes) qui les fondent. Elles se nominalisent et se
substantialisent et, ce faisant, elles s'identifient naturellement aux
mathématiques capables de les relier quantitativement au moyen
d'équations. Les relations de fond entre les évènements du monde physique
sont ainsi traduites en relations mathématiques entre concepts abstraits.
Abstraits mais terriblement efficaces pour manipuler le réel, notamment
celui qui est à portée de main.
Quand elles ne sont pas suffisamment tenues en respect dans le carcan des équations mathématiques, ces abstractions manipulables que sont les Grandeurs de la science, viennent spontanément à la rencontre de leurs parentes philosophiques. C’est particulièrement le cas du Temps et de l’Espace. Ces mariages sont généralement féconds mais ils peuvent conduire à des confusions, non seulement sur le sens des mots, mais, plus important, sur le contenu métaphysique des théories scientifiques. A priori il n'y a pas d'antagonisme de nature entre les notions physiques, sanctionnées par leurs critères propres, et les notions métaphysiques dans lesquelles ces notions physiques s’enracinent implicitement. Mais il s’agit de deux plans différents de la pensée dont les rapports peuvent être confusément perçus par les scientifiques. Rovelli et Smolin sont-ils indemnes de cette critique ?
En vérité Panodia ne s'intéresse pas directement aux Grandeurs physiques
Temps et Espace, ni même à leur version métaphysique. Pas directement, pas
en tant que choses dont il faudrait rendre compte ou qu’il faudrait
connaître. Mais indirectement, oui bien sûr, car Panodia s'intéresse aux
phénomènes en tant que signes en évolution, produits des interactions
entre les Éprouvants. Le temps y est très présent, non pas comme mesure
entre deux instants mais comme écoulement, comme flux, ayant deux
conséquences concrètes majeures : le Devenir (impliquant lui-même la
Création et l’Émergence) et la Mémoire. On pourrait dire que
temps est un terme générique rassemblant des notions qui concernent
toutes les échelles de la Création, autant la Matière que la Vie, avec le
Devenir et la Mémoire en première ligne.
Le Devenir et la Mémoire étaient absents dans le livre de Rovelli,
considérées comme inutile pour comprendre la nature ultime du Réel (voir
mon billet). Il est difficile d’admettre cette éradication du Temps de la
science qui tue implicitement le temps de la métaphysique. C’est mon parti
pris, ma croyance. C’est celle aussi de Smolin qui laisse la porte ouverte
dans ce livre que je commente librement aujourd’hui.
Cette réflexion sur les Grandeurs physiques permet d’affiner l'ontologie
du cosmos Panodien dans lequel l’Éprouvant se substitue à la figure
classique de l’Observateur. Dans la physique classique, une Grandeur (la
Masse, la Charge, la Vitesse) est souvent traitée comme une propriété
intrinsèque, suspendue dans un vide ontologique en attendant d'être
mesurée. Dans le cadre de Panodia, pas d'existence substantielle : une
Grandeur physique n'est pas un objet dans le monde. Par ailleurs
l'Éprouvant est défini comme condition sine qua non. Autrement dit
une Grandeur n'y aurait pas d'existence sans ce qui peut l'éprouver.
Elle ne pourrait être que co-constituée. Le niveau moléculaire
lui-même n'obéit pas à des lois abstraites ; il réagit parce qu'il éprouve
(au sens d'une réactivité relationnelle brute, une forme de corporéité ou
de sensibilité primordiale). N'étant ni Phénomène, ni Éprouvant, ni
Relation, la Grandeur physique pourrait alors être considérée dans Panodia
comme un invariant traductionnel, un outil inventé par l'intellect
de l'Éprouvant humain pour cartographier et formaliser la régularité des
interactions du monde vécu.
Dans cette notion d’invariant traductionnel je perçois une
certaine résonnance avec la pensée de Peirce, qui a beaucoup inspiré
Panodia. La Phanéroscopie de Peirce se définit en effet comme la
description de tout ce qui apparaît à l'esprit, sans préjuger de sa
réalité ou de son illusion. La Grandeur physique, notion produite par
l’intellect humain, trouverait une place logique et rigoureuse dans la
Phanéroscopie et la Sémiose de Peirce (voir mes billets
Pierce et Panodia 2/3
et
Pierce et Panodia 3/3). Elle serait à mettre au rang des Signes en tant que médiation
traduisant le dynamisme relationnel de la molécule (Secondéité) dans le
langage de la rationalité humaine (Tiercéité). On pourrait s’avancer plus
encore en disant que la Grandeur physique est un Légisigne symbolique
selon la classification de Peirce, une représentation stable née d'une
habitude d'interprétation.
Je laisse cette question aux spécialistes, mon seul souci étant de
reconnaître les indices de cohérence dans la définition de mon cosmos
personnel, cette définition devant de toute façon rester à jamais
inachevée.
3. L'ASIMULTANEITE EINSTEINIENNE ET LE PIEGE DU PRESENT
Avec Einstein le Temps, considéré à l’échelle de l’univers, perd une de
ses propriétés essentielles : la simultanéité. Il n’est rien qui puisse se
passer strictement en même temps qu’autre chose. L’écart s’accroit
avec la distance relative par rapport au centre d’où s’exerce la force
d’attraction qu’est la Gravitation. Pour nous : la terre. Mais toute Masse
(autre Grandeur) est source de Gravitation. Et plus la Masse (donc
l’Énergie) de cette source est concentrée, plus la Gravitation qu’elle
génère s’accroît, plus le temps à son approche s’étire. L’Espace-temps
peut alors être figuré comme un océan parcouru de vagues de toutes
hauteurs illustrant l’étirement ou le raccourcissement du Temps considéré
alors comme une Grandeur élastique.
Cette simultanéité, que le paradigme einsteinien décrète impossible,
suppose au moins deux évènements cosmiques mais elle suppose aussi des
observateurs associés à chacun d’entre eux, observateurs par principe
extérieurs à l’Univers. Cette extériorité du sujet scientifique par
rapport à l’objet de son étude est traduite dans le langage mathématique.
Si l’on replace l’observateur à l’intérieur de l’Univers (ce qui serait sa
destination naturelle d’humain existant et percevant) le raisonnement
logique qui conclut à l’aporie de la simultanéité revient pour moi à l’un
de ces invariants traductionnels dont j’ai postulé l’existence plus
haut pour Panodia. Rien de plus, rien de moins. En tant que Signe,
l’asimultanéité fait partie intégrante du Réel phénoménologique, au
même titre que la simultanéité. Aucune incompatibilité entre les
deux dans Panodia oú chaque Éprouvant a son mot à dire. De même que les
Grandeurs consacrées de la physique classique (voir plus haut), l'asimultanéité
prend son rang dans une séquence de signification (sémiose) mais elle n’a
aucune valeur absolue … ni définitive.
Le glissement de la simultanéité vers le présent s’impose naturellement.
Mais ici s’opère une bascule radicale : d'un côté la simultanéité
impossible selon la science ; de l'autre le présent immédiat
indéfinissable au plan logique puisque piégé dans une régression
ad infinitum. Pauvre présent ! la science et la logique conjurent
pour son élimination et chacune en usant de ses propres arguments.
L’impossibilité de la simultanéité selon la théorie de la Relativité
fragilise-t-elle la vision de l’univers comme Totalité ? Je ne veux pas le
voir ainsi. Après Einstein, la mécanique quantique a prouvé la
simultanéité d’évènements physiques se produisant à distance. Autre
phase de la science, autre discours. D’une manière générale, ce que la
science peine à se représenter c’est le Temps comme expérience, le temps
tel qu’il est éprouvé par tous les participants. Mais est-ce son
rôle ?
4. LA BIPARTITION DES ECHELLES ET LA PHYSIQUE EN BOITE
La Relativité d’Einstein n’a fait que parachever la conversion
mathématique de l’Univers à l’échelle terrestre et cosmique amorcée par
Galilée, Newton puis Maxwell (électromagnétisme). Par rapport à eux, il a
eu la candeur de prendre du recul — laissant la pensée nue faire ses
propres expériences — et l’audace de remettre en cause les Grandeurs
consacrées par ses prédécesseurs. Malgré son achèvement, la Relativité a
cependant toujours de la peine à annexer l’Univers infrascopique de
l’atomisme et de la mécanique quantique. Du point de vue extérieur et
global, elle se figure l’Univers suprascopique comme traversé
d'influences gravitationnelles concurrentes et entrecroisées, faisant de
l’espace un champ de bosses de toutes courbures et de toutes hauteurs.
Univers infrascopique versus Univers
suprascopique : cette bipartition s’impose toujours ; elle
s’impose même dramatiquement aux physiciens théoriques qui ne parviennent
pas, après un siècle de mécanique quantique, à élaborer un modèle de
Gravitation quantique commun aux deux Univers. Une bipartition qui n’est
pas sans rappeler celle de la philosophie grecque avec son monde lunaire
et son monde sublunaire. Pure analogie.
Ces deux Univers de la science contemporaine ont en commun d’être (1)
étudiés du dehors comme s’il y avait un extérieur de la Totalité réservé à
l’observateur, et (2) en se limitant à un sous-ensemble supposé
représentatif. Pour parvenir à ses fins, elle fait donc ce que Smolin et
ses pairs appellent de la physique dans une boîte : isoler de
petits morceaux du monde en émettant l’espoir qu’ils représentent,
séparément ou ensemble, tout le monde.
Ces sous-systèmes, dont on ignore le référentiel absolu auquel ils se
rattachent, sont définis comme autant d’espaces de configuration
caractérisés chacun par un choix limité de coordonnées. On en tire des
équations mathématiques qu’on voudrait pouvoir appliquer à la Totalité
mais qui doivent attendre la démonstration de leur puissance prédictive
au-delà des limites de la fameuse boîte.
Une fois validées, les équations prétendent rendre compte de la réalité
physique en une formule qui rassemble tout sous son aile ; qui écrase le
temps jusqu’au néant ; qui, en empêchant la durée de s’immiscer dans la
chaîne des causes et des conséquences, réduit la causalité à une simple
inférence logique, voire la condamne à la pure réversibilité. La Nature
est ainsi, par la grâce des équations, rendue intemporelle. Ni cause, ni
conséquence, une tautologie à prendre ou à laisser. Comme l’effrayant
univers Spinozien (voir mon billet
Spinoza par Alain). Comme une Volonté qui serait entièrement déterminée (voir mon billet
La volonté et l’action).
S’il faut essayer de faire une place dans Panodia aux concepts eux-mêmes,
voire à leurs errances sémiotiques, comme celles des Grandeurs physiques
évoquées plus haut auxquelles il faut ajouter l’Espace-temps, il est
beaucoup plus difficile en revanche d’accorder son indulgence à une
métaphysique de la Totalité qui croit – car c’est bien une croyance - que
tout est écrit d’avance. Le sésame, la formule magique qui expliquerait
tout de l’extérieur, voilà semble-t-il le Credo éternaliste de la plupart
des physiciens théoriques. Mais c’est une religion à laquelle Smolin
entend bien ne pas se rattacher … et qui me le rend si sympathique.
Nous arrivons presque à la deuxième partie du livre, partie consacrée à
la Renaissance du temps elle-même. Mais avant d’attaquer ce très gros
morceau, il faut exercer notre réflexion sur le dernier stade d’évolution
de la cosmologie, celui où elle essaie d’unifier la Relativité générale à
la mécanique quantique sous le terme générique de Gravitation quantique.
Smolin résume cette première phase ainsi :
« Nous avons parcouru un long chemin dans cette expulsion du temps par les physiciens, banni de leur conception de la nature. Nous avons commencé, comme le firent Galilée et Descartes, par saisir le mouvement et figer le temps via leur méthode de représentation graphique, dans laquelle le temps est représenté comme s’il ne s’agissait que d’une autre dimension d’espace. Dans la théorie de la réalité, ces images de mouvements se dessinant dans le temps sont devenus l’Espace-temps, une image intemporelle de l’histoire de l'univers dans laquelle le moment présent n'a rien de réel. La relativité de la simultanéité nous dit que nous ne pouvons plus revenir en arrière et espérer séparer le temps de l'espace. Nous n'avons d'autre choix que poursuivre jusqu'à l'image de l'Univers-bloc ou l'histoire de l'univers est présenté comme un tout intemporel. L’expérience ayant parfaitement confirmé la relativité restreinte et générale, nous, les physiciens, avons plus d'une bonne raison d'adopter cette image d'une réalité où le temps n'existe pas. »
La première partie de l’ouvrage de Smolin (pratiquement la moitié) traite
donc de ce qui est avéré scientifiquement dans notre connaissance de la
réalité physique aux échelles supra et infrascopiques. C’est la seule
chose qui m’intéressait au départ puisque je voulais simplement m’assurer
que Panodia ne violait pas dans ses principes les connaissances faisant
consensus dans ce domaine. Et je suis rassuré de ce point de vue.
Mais peut-être est-il possible de faire mieux, à savoir d’enrichir et de
nourrir Panodia, en y incorporant des idées nouvelles, conjecturales,
hypothétiques mais toujours en résonance avec les avancées de la science.
C’est l’objectif que j’assigne à la lecture de la deuxième partie de
l’ouvrage consacrée à la critique des modèles théoriques de la gravitation
quantique. Là encore, je serai très sélectif, privilégiant que ce qui
distingue Smolin de Rovelli sur le même sujet. La comparaison est d’autant
plus intéressante qu’ils sont tous les deux les inventeurs du modèle
théorique de Gravitation quantique dite à boucles, décrit
sommairement dans mon précédent article.
Parmi les neuf principes que Smolin retient pour une nouvelle cosmologie
visant à rendre compte de l’univers physique, cinq m’interpellent pour
leur rapport évident avec Panodia :
1. l’univers physique dans globalité et non plus dans ses
subdivisions :
C’est le fondement même de Panodia de postuler que l’Univers physique,
ou, si l’on préfère, le Réel phénoménologique, est pensable comme un Tout
et non pas simplement comme une somme de parties. A l’évidence, la science
n’interdit pas de croire à l’Unus mundus au moment où j’écris ceci.
Je ne lui en demande pas plus (sur ce thème).
2. la réalité du temps comme élément central :
La science la plus avancée me donne là encore son quitus. Ou plutôt elle
laisse à chacun le droit de croire que le temps existe. On notera que
Smolin pense que les théories de la Gravitation quantique actuellement en
concurrence sont des échecs pour la raison précisément qu’elles mettent le
Temps entre parenthèses, voire qu’elles finissent par l’effacer
totalement. Et il ne préconise pas autre chose qu’un changement de
paradigme pour faire du Temps un rouage fondamental. Dont acte. C’est l’un
des grands physiciens théoriques du moment qui parle ainsi. Le problème
pour moi c’est qu’il en parle toujours comme d’une Grandeur physique alors
que dans Panodia ce n’est que l’un des invariants traductionnels au
moyen desquels les acteurs du Réel se reconnaissent et communiquent entre
eux (voir plus haut). D’ailleurs ça ne me gênerait pas que le Temps ne
soit qu’une émergence émanant du fonctionnement primaire de l’espace
défini par la Gravitation quantique à boucles, ainsi que Rovelli finit par
le concéder (après avoir parlé dans un premier temps d’effet d’optique, ce qui n’est tout de même pas la même chose - voir
mon billet précédent). En tant que pure émergence le Temps pourrait encore prendre toute sa
place dans la Sémiose ascendante de type Peircien qui est au cœur du
modèle.
3. le dépassement du « dilemme cosmologique » de toutes les théories
physiques modernes contemporaines, dilemme qui consiste à devoir postuler
un fond fixe et statique au Réel phénoménal.
Dans sa progression, la science modifie le contenu de ce fond fixe sur
lesquelles les lois s’appuient, le Vide cède la place à l’Éther, lequel
cède la place au Neutre, etc.. Dans tous les cas, cette bipartition
implicite du Réel physique est liée au statut de l’homme comme
observateur. On pourrait dire que c’est un subterfuge de l’observateur
pour entretenir l’illusion qu’il fait partie de l’Univers. Or c’est par
effraction qu’il introduit son propre référentiel dans l’Univers. Ce
dilemme me semble consubstantiel à la science. Comment le transcender dès
lors qu’on est sommé de convertir le monde en équations mathématiques ?
Dans une doctrine cosmo-phénoméno-sémiologique comme Panodia, la
question de l’objectivité – donc celle du statut d’observateur - ne se
pose pas. Le croyant est un Éprouvant à part entière. C’est un acteur dans
l’Univers et quand il ressent le besoin de rendre compte avec ses propres
mots, il n’est pas tenu d’utiliser l’outil scientifique. Il lui suffit de
respecter ce que la science tient pour assuré puisque la science elle-même
fait partie de son univers.
Cela dit il y a bien ce qui ressemble à une partition dans Panodia. Ce
fond apparemment stable et permanent qui constitue le repère fixe sur
lequel s’appuie les théories physiques, ne serait-ce pas le compartiment
de Panodia que j’appelle Unusia. En toute logique Panodia a en effet
besoin d’un milieu fondamental dans lesquels les Phanèmes (ou unités de
représentation) puisent leurs ressources élémentaires, et où se
sédimentent et se tiennent en réserve les Lois, étapes ultimes de la
Sémiose ascendante (Tiercéites selon Peirce). Ce compartiment à l’écart du
pur phénoménal mais indispensable à l’émergence, à l’entretien et à la
mémoire des Phénomènes est cependant sans aucun rapport analogique avec le
fond abstrait postulé par les théories physiques. Il suffit de dire qu’il
est fonctionnellement, nécessairement, relié au Réel phénoménal et ne
s’entend pas surtout pas en contraste avec lui.
4. la résolution du conflit entre les conditions initiales et les Lois
physiques qui les modifient, un conflit caractérisant toutes les théories
physiques concurrentes de la Gravitation quantique :
La question des conditions initiales est un point qui semble
obséder le physicien théorique qu’est Lee Smolin et l’on comprend bien
pourquoi. J’en ai touché deux mots plus haut au sujet de l’espace de configuration
préalable à l’élaboration de toute théorie sur le monde physique. En
mécanique quantique, mais plus encore en Gravitation quantique et en
Cosmologie (notamment pour expliquer le Big Bang et la naissance de
l’Univers), les modèles mathématiques ne sont pas autonomes par rapport
aux conditions initiales. Or des variations infimes de ces conditions
initiales, des erreurs de précision au nième chiffre après la virgule,
peuvent modifier de fond en comble les prédictions fournies par les
équations mathématiques. Quelle source de frustration pour les chercheurs
et, sans doute aussi, de polémiques entre eux !
Pourquoi ce point est-il pertinent dans une discussion sur Panodia ?
Parce que le cosmos Panodien est l’exacte antithèse d’un cosmos donné
d’avance et descriptible au moyen d’une équation - ou d’un jeu d’équations
- dont la solution serait contenue dans ses prémisses. Panodia est le
contraire d’un univers tautologique, c’est un univers de création et de
devenir. La question de l’origine ne se pose pas aux acteurs, pas même à
cet acteur privilégié qu’est le rêveur de monde. Ici, pas de
conditions initiales en effet mais un cycle permanent entre les
deux compartiments indissociables dont j’ai parlé plus haut. La
successivité des phénomènes y fait loi : elle réhabilite pleinement la
notion de cause – associée à celle de non-réversibilité - que la science
mathématisable est obligée d’écraser, du fait de sa nature, pour en faire
une pure relation logique (voir plus bas). Je prétends que, vu sous cet
angle, le cosmos Panodien est non seulement plus conforme à la
réalité mais qu’il est aussi plus scientifique. Il ne manque que
les outils de traduction. J’ai compris que cette opinion était celle de
Lee Smolin.
5. le respect intégral du « relationalisme » sur lequel le Réel physique
est fondé. Relationalisme intégral, c’est-à-dire pas d’action de A vers B
sans relation de B vers A.
Ce critérium semble faire a priori l’objet d’un large consensus dans la
communauté des physiciens théoriques contemporains. Et pourtant la science
rencontre une difficulté intrinsèque à l’appliquer dans son intégralité.
Avec la Relativité générale, Einstein a fait de grands progrès dans cette
direction en démontrant que la géométrie l’Espace-temps, d’un côté, et la
Masse des corps, de l’autre, s’influençaient réciproquement. Mais il ne
pouvait s’abstraire de l’idée d’un espace neutre accueillant cette
interaction. Il semble qu’on retrouve cette même difficulté dans les
approches théoriques contemporaines. Au point que pour moi – je l’ai écrit
dans mon précédent billet – le modèle de Gravitation quantique à boucles
m’apparaît comme la reconstruction d’une Espace-temps de référence à la
mesure de l’observateur sur lequel tout le reste (notamment les
Grandeurs tel que le Temps) peut venir prendre sa place.
J’ai développé ces points dans mes premiers billets sur Panodia et je ne fais que me répéter en passant. Il vient en complément de l’aspect processuel et séquentiel des phénomènes. Pas de phénomènes sans perception ni réaction réciproque des Éprouvants (que sont les sièges de l’expérience). Pas de Réel sans ce regard croisé que les choses se portent les unes sur les autres.
Smolin invoque en outre un argument extérieur pour justifier le besoin de
changer de paradigme et de conférer au temps un rôle fondamental dans les
théories physiques. Il croit en effet que les Lois physiques ne sont pas
données d’emblée, qu’elles ont évolué dans le temps et fait l’objet d’un
processus de sélection cosmologique, d’où sa proposition de Lois
évolutives. Au-delà d’une intuition qui s’impose naturellement lorsqu’on
rejette comme moi tout déterminisme divin, Smolin fournit nombre
d’arguments scientifiques dans son livre. Sans évolution et sans
sélection, donc sans le Temps, pas de Lois physiques capables ensuite de
s’imposer dans la permanence. Le mécanisme d’évolution et de
sélection des Lois physiques est imaginé par Smolin par analogie avec
l’Evolution biologique. Selon lui, l’histoire des Lois physiques se situe
dans la période qui précède le Big Bang, période de transition extrême,
mais également dans les Trous noirs qui reproduisent des conditions
analogues. Comme dans les gènes, des mutations se produiraient dans le
milieu primordial et chacune de ces modifications serait susceptible de
conduire à un Univers différent. La sélection des Univers porterait sur le
critère de leur capacité à générer des trous noirs, faisant ainsi de la
fécondité cosmique — la propension à se reproduire — le moteur de la
prolifération de certaines Lois. Il y a évidemment une grande part
d’imagination dans cette hypothèse qui relève de la libre spéculation.
Ce qui retient principalement mon attention ici, c’est qu’on reconnait
dans l’hypothèse de l’évolution des Lois physiques un élément essentiel de
la métaphysique de Charles S. Peirce, que Smolin reprend à son compte et
qu'il reconnaît comme étant le pionnier de cette intuition. Cette
rencontre, à cet endroit précis, n’est pas pour me déplaire, Peirce étant
l’un des principaux inspirateurs de Panodia.
Pour Peirce, comme pour Smolin, les Lois découlent d’un processus
historique. L’explication doit être généalogique, non purement
mathématique. Mais si le point de départ est identique, l’arrière-plan
philosophique diffère profondément chez les deux penseurs. S’ils accordent
tous deux une place déterminante au hasard (le Tychisme de Peirce comme
réalité objective), Smolin adopte pour l'évolution le modèle de pensée
Darwinien dans sa radicalité malthusienne (sélection des formes les plus
fécondes par l’élimination des lignées stériles), tandis que Peirce
identifie trois moteurs principaux de l’évolution (physique et biologie
confondues) comme autant de tendances de la Nature : (1) l’Habitude
consistant à stabiliser les Lois une fois qu’elles sont parvenues à un
stade achevé de Tiercéité ; (2) le Synéchisme comme principe de continuité
; et (3) l’Agapisme (ou Amour cosmique) comme principe de sympathie.
L’audace métaphysique de Peirce peut s’expliquer ici par son refus du
dualisme entre Esprit et Matière, refus que j’ai adopté sans réserve (voir
mon Testamentphilosophique). Il élaborait cette métaphysique dans la période de plein essor du
Darwinisme (fin du XIXe) et elle constitue une prise de position contre
certains présupposés de cette doctrine. Une sorte de résistance
idéologique. Panodia peut suivre Peirce plutôt que Smolin sur ce sujet. [Écrits de Peirce sur ce sujet : Collected papers:
The architecture of Theories (1891) CP 6.7 à 6.34 ;
The Doctrine of Necessity Examined (1892) CP 6.35 à 6.61;
Evolutionary Love (1893) CP 6.287 à 6.317]
5. CAUSALITE ET ASYMETRIE : LE DEBAT ROVELLI / SMOLIN
Si les lois physiques cosmiques évoquées ci-dessus suggèrent un temps
historique ayant laissé son empreinte dans les périodes les plus reculées,
cela signifie-t-il pour autant que toutes les lois à l'œuvre actuellement
soient devenues intemporelles après leur sélection dans ces temps
primordiaux? En d'autres termes, le Temps est-il encore à l'ordre du jour?
Smolin répond positivement à cette question en mobilisant des arguments
purement rationnels, expérimentaux ou observationnels (chapitres II 12 et
II 13). J'interprète ici ses propos à ma manière, car je ne saisis pas
tout et je ne juge pas pertinent de faire des lectures complémentaires
pour améliorer ma compréhension. C'est Panodia qui me permet de garder le
cap ou, du moins, de ne pas dériver vers des terres trop inhospitalières
pour mon intellect.
L'argument rationnel majeur — que je partage intégralement — réside dans
la réconciliation nécessaire entre la Relation et la Causalité. La
comparaison avec Carlo Rovelli s'impose ici, puisqu'il s'agit d'un même
modèle de Gravitation quantique : la Gravitation à boucles. Pour Rovelli,
ce modèle, qui remplace l'Espace-temps d'Einstein, est conçu comme un
réseau purement informationnel de relations entre nœuds. Ces relations
sont réciproques (de A vers B, comme de B vers A), c'est-à-dire
symétriques dans le langage de la logique. Dès lors, il n'est plus
nécessaire d'introduire la Causalité : A ne concourt pas à la production
de B, pas plus que B à celle de A ; ils s'informent mutuellement. Partant,
le recours au Temps devient superflu : tous les phénomènes de l'Univers se
présentent en bloc, dans une simultanéité que nous sommes impuissants à
percevoir comme telle et que Einstein nous avait persuadé de réfuter !
Sous son apparence de logique impeccable, l’interprétation de Rovelli est
sous-tendue par une métaphysique radicale : la croyance en un ordre
universel intemporel.
Smolin, quant à lui, adopte une position métaphysique opposée en laissant
le temps, et donc l'asymétrie, s'immiscer entre les nœuds. L'information
circule toujours dans le réseau, mais elle peut aussi se présenter comme
une relation de cause à effet — ce qui n'exclut nullement la rétroaction,
laquelle s'accorde d'ailleurs à merveille avec la notion de « boucles ».
La notion de séquence, de successivité des phénomènes, est ainsi
restaurée. La filiation, revendiquée par Smolin, avec la métaphysique de
Peirce se confirme ici. Inutile de dire dans quel camp se positionne
Panodia !
6. INDETERMINATION QUANTIQUE ET VOLITION HUMAINE
Smolin tente d'apporter des preuves à son hypothèse d'un Temps
fondamental en utilisant les ressources de la mécanique quantique. Si je
suis incapable d'entrer dans les détails de sa démonstration — qui
s'applique à la réalité « actuelle » des lois physiques et non à
l'histoire reculée de lois devenues intemporelles —, j'ai néanmoins été
interpellé par des notions qui entrent en forte résonance avec l'univers
panodien.
Dans cet essai de démonstration, Smolin adopte des principes directeurs
qui supposent que chaque système quantique (une paire d'électrons, par
exemple) soit considéré comme un ensemble de possibilités,
d'existables, pourvu d'un certain degré de liberté. Ce choix
déplace l'intérêt de la science quantique de la mesure statistique d'un
résultat vers la connaissance des potentialités individuelles du système.
On retrouve là, sous une autre forme, la Priméité peircienne : ce règne du
possible pur et de l'indétermination précédant la réalisation de
l'événement.
J'ai tout de suite perçu l'analogie avec le processus de la volonté que
j'avais étudié chez Alain de Libéra (voir mon billet
La volonté et l'action). La volonté se trouve ordinairement jugée et sanctionnée par l'action
qui en résulte. Or, la volonté commence par une succession complexe
d'étapes qu'on regroupe sous le terme de volition, caractérisée par
une indétermination foncière et par l'interaction complexe du sujet avec
des facteurs tant intimes qu'externes. Comme dans les systèmes quantiques,
la liberté consiste ici à maximiser le nombre de choix possibles et, sauf
contrainte, à préserver cette indétermination le plus longtemps possible.
Les circonstances contraignantes, c'est l'intrusion de l'observateur et de
sa mesure pour le système quantique ; c'est le regard et l'opinion
d'autrui pour le sujet volontaire.
L'utilisation du concept de volition éclaire, selon moi, la transition
quantique (le passage de la superposition de potentiels à la mesure fixe).
En physique, la question de savoir comment un système choisit un état
plutôt qu'un autre lors de la mesure s'appelle
le problème de la mesure. En soulignant l'analogie avec
l'indétermination de la volonté humaine face au choix, je suggère une
absence de distinction de nature entre l'Esprit et la Matière, un dualisme
que Peirce réfutait également. Le Temps redevient ainsi le théâtre de la
liberté, qu'elle soit humaine ou atomique. Mais l'essentiel de l'analogie
tient à l'immixtion du Temps dans un processus que certains voudraient
voir entièrement déterminé. Le Temps est, au sens propre, une remise en
cause de ces relations logiquement symétriques.
7. BRISURE DE SYMETRIE ET SEDIMENTATION MEMORIELLE (PANODIA ET UNUSIA)
Pourquoi ai-je besoin d'une définition du Temps pour Panodia, qui soit
différente de celle qu'on affecte à la Grandeur physique? Pour deux
raisons majeures : d'une part, la phénoménologie panodienne n'est pas
seulement relationnelle, elle est aussi processuelle ; d'autre part, la
Mémoire est une fonction essentielle d'Unusia, le compartiment de
Panodia où les phénomènes se mettent en pause. La notion de
brisure de symétrie, que je découvre chez Smolin, me fournit une
explication plausible de la transition entre ces deux compartiments
complémentaires et indissociables. Plus fondamentalement encore, elle est
susceptible d'éclairer le mécanisme même de la Mémoire.
Voici ma manière de voir les choses, ma croyance, qui ne contredit en
rien la science la plus actuelle. Dans le compartiment phénoménologique de
Panodia, les relations entre Éprouvants (jusqu'au niveau moléculaire)
évoluent selon le schéma décrit par la Phanéroscopie et la Sémiose
ascendante de Peirce. Ce compartiment est le théâtre privilégié du hasard
et des rencontres (Priméité et Secondéité), où les relations sont
essentiellement asymétriques et soumises aux effets de brisure. Mais la
modification graduelle du regard que se portent les partenaires du signe
(la triade Representamen - Objet - Interprétant), en atténuant
l'effet de brisure, conduit insensiblement vers un équilibre de la
relation et l'établissement de la Loi (Tiercéité). Dans sa forme la plus
achevée (la Tiercéité accomplie), la Loi est une relation parfaitement
symétrique : c'est une Habitude. Parvenue à ce stade, la Sémiose se met au
point mort et l'Habitude peut alors se déposer dans Unusia.
Cette notion de brisure de symétrie correspond à une réalité
scientifique postulée dans l'univers primordial pour la naissance de la
Masse. L'idée prodigieuse qu'elle recouvre (la création de Grandeurs
physiques) libère les intuitions et fait se rejoindre des concepts qui
demeuraient isolés dans mon esprit. Je n'expliquerai jamais tout Panodia,
mais j'en porte en moi la cohérence.
Si le Temps et l'Action volontaire naissent d'une rupture de symétrie,
alors la mémoire consiste à résorber l'asymétrie qui caractérise la partie
phénoménologique et processuelle du cosmos pour la réintégrer dans son
socle symétrique, invariant et stabilisé. L'Habitude peircienne, au niveau
de la Tiercéité, est l'équivalent logique de ce retour à l'équilibre
symétrique. Rappelons comment la constitution de l'Habitude chez Peirce
reproduit exactement ce cycle:
-
La Priméité :
Le royaume des pures possibilités, un état de symétrie totale mais
stérile (le chaos des qualités possibles, sans temps ni direction).
Cette apparente concomitance du Chaos primordial et de la Mémoire au
sein d'Unusia, siège de l'équilibre, n'est pas encore totalement
claire pour moi, mais la solution pourrait être approchée en analysant
comment les Archétypes (supports de la mémoire collective) ont partie
liée avec les Éléments originaires chez Jung et Bachelard.
-
La Secondéité :
La brisure de symétrie, le stade des rencontres et de la production des
phénomènes. Le temps s'enclenche au rythme des expériences. La Sémiose
ascendante et son moteur triadique modifient progressivement la relation
du Representamen (mon Éprouvant) avec l'Objet de sa perception,
conduisant la relation, étape par étape, vers la Tiercéité.
-
La Tiercéité :
Le retour à la Symétrie, le domaine de la loi et de la régularité. À
force de se répéter et de se raffiner, les actions brutes se stabilisent
et forment une Habitude. La relation se fige dans une règle prévisible,
réversible et harmonieuse. Les tensions nées de la brisure initiale
s'apaisent dans une structure d'ordre. L'Habitude est un équilibre
symétrique conquis, historique et cumulatif : c'est la Mémoire du
cosmos. Pour Peirce, les Lois de la nature ne sont que des habitudes
cosmiques sédimentées au fil de l'évolution.
Dès lors, l'élision du Temps dans les équations de la physique n'est pas
la preuve de son inexistence, mais la preuve que les physiciens mesurent
des habitudes cosmiques arrivées à leur niveau maximum de sédimentation.
Une loi physique est une Habitude si profondément sédimentée en Tiercéité
qu'elle a atteint un équilibre relationnel symétrique presque parfait. La
symétrie de l'équation est la signature mathématique d'une Habitude qui
s'est figée. La physique classique prend le fossile pour le vivant. Le
Temps ne disparaît pas : il est simplement englobé et stabilisé dans le
dépôt de la mémoire. C'est le Cosmisme Évolutif de
Peirce.
8. DU RELATIONNISME A L'AGAPISME PEIRCIEN
Smolin ne va pas jusqu'au bout de cette logique peircienne, bien qu'il
s'en réclame. Dans son Principe de précédence, il propose une règle
de type biologique : un système quantique placé dans une situation passée
va copier le comportement des systèmes précédents. C'est sa version de
l'Habitude. Cependant, il préfère l'hypothèse d'une sélection darwinienne
(les univers se reproduisant via les trous noirs). Pour lui, la Loi
reste une contrainte mécanique extérieure à la matière ; il lui manque le
concept pour expliquer l'intériorisation de l'expérience par le cosmos.
Chez Peirce, la Sémiose est un processus d'intégration mémorielle venant
de l'intérieur.
De plus, en ancrant le temps dans la triade peircienne, on balaie le faux
problème du Temps universel global que Smolin cherche à tout prix à
restaurer pour sauver l'irréversibilité. Le temps n'est pas un contenant
global, il est l'épaisseur interne de chaque relation sémiotique. Dans le
monisme relationnel de Peirce, le temps n'existe pas en dehors de la
relation. L'élasticité du temps (la relativité d'Einstein) prouve
simplement que le temps change dès que la relation change. Pour Panodia,
ce sont les relations qui sécrètent leur propre temps en brisant la
symétrie, et leur propre stabilité en la retrouvant. L'irréversibilité est
préservée par le fait que nulle part dans l'univers une relation ne peut
désapprendre son histoire.
Cette approche processuelle évite un autre écueil, celui du relationnisme
pur de Michel Bitbol ou de David Bohm. Leur phénoménologie décrit des
relations instantanées, des corrélations pures, mais elle est incapable de
rendre compte de la sédimentation de ces relations. Leur Réel s'évapore.
Pour ne pas sombrer dans le nihilisme, ils éprouvent un vertige qui les
pousse à chercher un garde-fou dans les philosophies orientales (la notion
de Śūnyatā ou vacuité chez Nagarjuna). Selon moi, la plénitude du
Réel n'est pas dans une vacuité, mais dans la sédimentation progressive du
sens et de la matière.
Il n'y a rien d'étonnant à ce que cette réflexion sur le Temps dérive
vers l'éthos. Dans ses écrits tardifs, Peirce a adossé son univers
sémiotique à une éthique qui est le prolongement direct de sa cosmologie.
Dans son essai Evolutionary Love (1893), il attaque le darwinisme
doctrinaire de son époque (qu'il nommait The Gospel of Greed,
l'Évangile de l'Avidité). À cette vision barbare et compétitive, il oppose
l'Agapisme : le véritable moteur de l'univers est l'Agapé, l'amour
créateur, la tendance des choses indépendantes à se lier spontanément et à
s'harmoniser.
L'éthos qui en découle est un éthos de la continuité (le Synéchisme).
Puisque tout est relié, faire violence à l'autre ou au monde, c'est briser
la symétrie relationnelle, c'est introduire une Secondéité stérile et
faire régresser la Tiercéité. Cet éthos est, comme Panodia, un
néo-épicurisme cosmique : il ne s'agit pas de contrôler le monde (comme
dans le stoïcisme), mais de cultiver l'harmonie des relations, de goûter à
la justesse de notre adéquation au monde, et de participer activement, par
l'écriture, la pensée et le soin, au grand dépôt de l'expérience
universelle.
9. THERMODYNAMIQUE ET AUTO-ORGANISATION COSMIQUE
Dernier grand thème du livre que je souhaiterais évoquer car il est, lui
aussi, particulièrement pertinent pour Panodia. Il concerne cette
caractéristique du Réel d’évoluer vers une structuration croissante et
surtout d’entretenir, côte à côte pourrait-on dire, des zones de chaos et
des poches d’extrême complexité. C’est l’interrogation classique sur la
violation du second principe de la thermodynamique qui dit que tout
système isolé évolue vers l’entropie c’est-à-dire vers l’équilibre, lequel
est curieusement assimilé au désordre. Cette assimilation de l’équilibre
thermodynamique au désordre structurel est dérangeante au plan sémantique,
et les naïfs qui n’ont pas suivi de cours de physique au Lycée croiraient
qu'il s'agit d'une erreur. Mais il ne s’agit pas d’une erreur, le désordre
pour la physique c’est la stabilité dans l’absence (ou la perte) d’ordre
structurel. C’est donc bien une forme d’équilibre.
Dès le début de la construction de Panodia j’avais ressenti comme une
priorité la notion d’îlots de création qui se construisent à la fois
contre le reste du monde et avec lui.
J’ai donné le nom de
Phanérons à ces îlots phénoménologiques (reprenant un terme forgé par
Peirce) car je leur ai immédiatement accolé une signification spécifique.
Le phanéron est défini comme une structuration de phénomènes s’étant
choisis et assemblés pour faire sens.
Et j’avais trouvé logique de
distinguer des Phanérons stationnaires, en équilibre, ayant trouvé leur
propre Loi, et des Phanérons créatifs en quête d’une telle Loi (voir mon
billet
Unus mundus et création).
C’est pourquoi je suis interpellé dans l’ouvrage de Smolin (chapitre
II,7) par son principe d’auto-organisation pilotée (driven self organization) des systèmes dits qui ouverts permettant des échanges d'énergie
qualifiés de stationnaires.
Je me demande si ce principe
a quelque chose à voir avec l’auto-poièse de Francisco Varela ou
l’individuation de Gilbert Simondon, deux auteurs que j’avais
identifiés dans mon précédent billet comme auteurs à lire pour améliorer
la pertinence de Panodia. Lee Smolin semble croiser en effet des
intuitions de Varela et de Simondon, mais avec une insistance sur la
thermodynamique, l'asymétrie temporelle et le cosmos dans sa globalité.
Pour Lee Smolin, l'auto-organisation pilotée s'applique à des
systèmes ouverts traversés par un flux continu d'énergie. Contrairement
aux systèmes isolés qui tendent vers l'équilibre thermodynamique (la mort
thermique ou l'entropie maximale), ces systèmes maintiennent un état
stationnaire hors-équilibre. Ils capturent ce flux d'énergie pour créer de
la complexité et de la structure locale. Varela part du même constat
biophysique. Pour qu'un système vivant existe, il doit être
thermodynamiquement ouvert, c'est-à-dire échanger de la matière et de
l'énergie avec son environnement. Dans les deux cas, le système produit
des propriétés globales qui ne sont pas de simples additions de ses
parties.
Varela se base essentiellement sur l’observation du vivant. Sa thèse
centrale est que le vivant se définit par une
clôture organisationnelle. Un système autopoïétique produit en
permanence ses propres composants et sa propre frontière (la membrane
cellulaire, par exemple). Le réseau de processus se régénère lui-même.
Smolin reste plus physicien : son concept d'auto-organisation pilotée
(qu'il applique aussi bien aux galaxies, aux réseaux de flux qu'aux
écosystèmes) met l'accent sur le moteur externe (le flux d'énergie
qui pilote) et sur l'organisation statistique de ces systèmes. Smolin
s'intéresse à la façon dont l'univers, grâce à la gravité, crée ces
sous-systèmes qui luttent localement contre l'entropie. L'autopoïèse de
Varela est une spécification beaucoup plus stricte et exigeante de
l'auto-organisation, centrée sur l'auto-production de
l'identité.
Et c’est sur ce point de la construction de l’identité que Varela peut
être rapproché de Simondon avec son concept d'individuation qui est le
processus par lequel un individu (physique, biologique ou psychique)
émerge à partir d'un milieu pré-individuel riche en potentiels et en
tensions. Pour Simondon comme pour Smolin, l'individu ou le système
stationnaire n'est pas une chose statique, mais un théâtre d'opérations,
un équilibre métastable. Smolin insiste sur le fait que le temps est réel
et que ces systèmes sont des processus temporels purs. Simondon dit que
l'être n'est pas une substance, mais un acte d'individuation. De même que
l'auto-organisation smolinienne dépend entièrement du gradient d'énergie
fourni par le milieu (l'univers en expansion). Chez Simondon,
l'individuation ne se fait pas de manière isolée ; elle est une résolution
de tensions entre le système en devenir et son milieu associé.
Le concept de Smolin de système stationnaire (comme une étoile ou un
organisme adulte) insiste sur la capacité à maintenir une forme stable
malgré le flux. L'individuation de Simondon est un concept plus
dynamique encore : elle s'intéresse au saut qualitatif, à la crise, à la
façon dont le système se transforme et se propage (comme la croissance
d'un cristal). Néanmoins, la phase métastable de Simondon correspond
précisément à l'état stationnaire hors-équilibre décrit par la physique
moderne de Smolin.
Mes informations sur Varela et Simondon sont de seconde main, donc fragiles (Michel Bitbol pour le premier et Anne Fagot-Largeault pour le second). Quoiqu'il en soit je retrouve dans leurs conceptions des analogies évidentes avec mes Phanérons stationnaires (~Varela) et créateurs (~Simondon) (voir notamment mon billet Unus mundus et création). Une lecture directe de ces deux auteurs donnerait sans doute un fondement plus solide à ma définition des deux types de Phanérons.
Au-delà des nuances techniques, ces trois penseurs semblent partager une
intuition profonde que Smolin tente de formaliser dans la
Renaissance du temps : la nature n'est pas gouvernée par des lois
éternelles et immuables s'appliquant à une matière passive.
Le principe d'auto-organisation pilotée chez Smolin est en somme
la traduction thermodynamique et cosmologique de ce que Simondon pensait
sur le plan ontologique (la métastabilité) et de ce que Varela décrivait
sur le plan biologique (l'émergence d'une autonomie face au reste du
monde). Chez Smolin, ce principe acquiert une dimension cosmique : c'est
parce que le temps est réel et que l'univers est ouvert que de telles
structures – qu'elles soient étoiles, cellules ou individus – peuvent
s'instancier et durer.
Je résume les principaux traits de leur philosophie respective dans le
tableau suivant (sur téléphone, lire en mode paysage) :
En conclusion, cette traversée de la pensée de Lee Smolin conforte pleinement les intuitions fondatrices de mon modèle, même lorsque c'est en réaction contre certaines implications de cette pensée. En arrachant les lois physiques à leur éternité mathématique abstraite pour les réinsérer dans l'épaisseur d'un temps réel, cumulatif et orienté, une physique contemporaine plus audacieuse, telle que celle défendue par Smolin, pourrait lever le principal obstacle qui séparait les sciences de la nature d'une phénoménologie sémiotique. Nous en sommes encore loin et tout reste encore pensable pour les rêveurs de monde dont je fais partie. Panodia n'a pas à rougir devant les équations de l'Univers-bloc ; elle propose au contraire une ontologie hospitalière où le Devenir et la Mémoire trouvent leur place légitime au cœur de la Totalité cosmique.
Smolin croit au temps mais le temps qu'il appelle de ses vœux est toujours le Temps, un temps pour la science, un temps universel, une substance finalement intemporelle. Ce n'est qu'une partie du temps de Panodia lequel varie au gré des champs de force provoqués par les Phanérons, comme le Temps Einsteinien au gré des champs de Gravitation. Smolin dans son livre libère néanmoins le temps et lui redonne toute sa chance. Je n'en demande pas plus. Il faut maintenant poursuivre la réflexion sur ces implications majeures du temps panodien que sont le Devenir et la Mémoire.
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Je m'appuierai pour cela sur les cours d'épistémologie et philosophie des sciences de la vie de Anne Fagot-Largeault, ex-professeure du Collège de France, qui constituent une source inestimable de références et de citations et qui s'attardent particulièrement sur Bergson, Whitehead, Simondon et Thom. Cette étude, qui me reconduira vers la lumière de l'initiateur qu'a été pour moi Bergson, sera peut-être suffisante pour enrichir aussi la notion de Mémoire dans Panodia (voir mes résumés de Bergson auxquels il manque, mais c'est pour la bonne bouche : L'évolution créatrice)
S'il ne me restait que peu de temps, disons deux ans, j'ajouterai à la fréquentation, amicale et virtuelle, de Anne Fagot-Largeault celle de Claudine Tiercelin, également professeure au Collège de France et grande médiatrice de Charles S. Peirce dont je n'aurai jamais fini d'épuiser l'intérêt pour Panodia. Peut-être ne faut-il pas trop différer.
J'entreprends en même temps la lecture d'œuvres romanesques propres à illustrer et à pénétrer l'éthos de Panodia, mieux que ne pourrait le faire la seule abstraction philosophique. Première œuvre : La mort de Virgile de Hermann Broch.

