CARLO, LEE, RUPERT ET LES AUTRES (1/3) : "Reality is not what it seems" de Carlo Rovelli (2017) - Garde-fou - Divisibilité - Grain versus champ - Histoire de la physique - Quantum ou métrique - Mousse et Pixels - Mathématique du Réel - Le temps éludé - Effet d'optique - Malentendus - Un et Tout - Antiques - Un bloc Univers.
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| Jackson Pollock (Automn rhythm N°30) |
Date de révision : 11/05/26
Peut-on fonder une métaphysique de la réalité du monde sur les sables mouvants de la gravité quantique ? Dans ce premier volet d'une série consacrée aux garde-fous scientifiques de la croyance personnelle, je confronte le modèle Panodia à l’ouvrage de Carlo Rovelli, Par-delà le monde visible. Entre la brillante réussite de la finitude spatiale et le déconcertant autisme mathématique qui va jusqu'à vouloir évacuer le temps, cette lecture critique explore les zones de convergence et les points de rupture où la science me semble parfois oublier la signification qu'il nous est possible d'affecter au Réel.
1. La science garde-fou de la croyance.
La séquence que j'inaugure avec ce billet a pour
objectif d'améliorer la pertinence de mon modèle d’Unus mundus Panodia
par rapport aux conceptions scientifiques actuelles sur le cosmos et sur la
structure de la matière. Il n’est évidemment pas question pour moi d’entrer
dans les subtilités des connaissances contemporaines sur la théorie physique.
Les cours de physique des années 68 à 70 de la prépa véto sont loin derrière
moi et, un demi-siècle plus tard, ils doivent être d'ailleurs complètement
dépassés.
Non, mon souci prioritaire aujourd’hui est de vérifier
qu’il n’y a pas d’incongruités majeures dans le modèle Panodia par rapport aux
connaissances scientifiques actuelles sur la structure de l'univers physique
qui nous environne - et dont nous sommes faits - ainsi que sur la cosmologie de
cet univers. Ce faisant, j'espère glaner des arguments nouveaux susceptibles
d'améliorer la pertinence du modèle ou, au contraire, d'en nuancer voire d'en
remettre en question certains aspects.
Il me semble important en préliminaire de définir le
plan sur lequel la pensée choisit délibérément de se reposer. Je fais cette
immixtion dans la science, la science la plus actuelle et la plus autorisée,
pour que la croyance ne soit pas dissociée de la connaissance scientifique,
qu'elle ne lui soit pas étrangère. Pour que ma croyance demeure une extension
de ma réception personnelle des connaissances du temps présent. C'est une pure
question d'honnêteté intellectuelle. Une simple aperception de la vérité scientifique
ne suffirait pas pour porter la personne vers le Tout et pour parachever sa
quête de l’Unité, mais construire sa croyance contre la vérité scientifique
serait un affront à la raison, une absurdité pour le sens commun.
Les croyances personnelles, quand elles incluent une
certaine conception de l’univers physique et du cosmos, sont donc
nécessairement des produits du temps. Cela ne veut pas dire que les croyances
anciennes, et parmi elles certaines croyances religieuses, soient toutes
devenues caduques. Quelques doctrines antiques et certaines spiritualités de
l’Inde et de l'Extrême-Orient attachent une importance particulière à
l'intégration de la personne dans le Cosmos et leurs spéculations peuvent
rester pertinentes de nos jours, au moins dans leur généralité. L'épicurisme
par exemple, s’appuie sur une science embryonnaire (Démocrite, Anaximandre)
mais il a été inspiré par de remarquables intuitions qui relèvent de ce qu’on
appellerait de nos jours des expériences de pensée, de cette pensée nue, venue
du premier jour, qu'Einstein lui-même a utilisée pour faire ses remarquables
découvertes sur l’espace et le temps.
Il me faudra revenir à un moment ou un autre sur la
nature de ces expériences de pensée qui, si elles utilisent les ressorts
habituels de l’intellect que sont l'induction et l'inférence, me semblent
illustrer le retour à la conscience originelle et désindividualisée - la nappe
phréatique - que j'ai signalée ici à propos de l'itinéraire intellectuel de
Michel Bitbol (intitulé Conscience et phénoménisme). Ce point, hautement
spéculatif, sera plutôt traité dans la partie éthos, notamment en liaison avec
l'œuvre de Francisco Varela.
On doit donc juger la tradition spirituelle et
religieuse non pas sur le détail de ses implications particulières, mais sur
ses principes généraux et son cadre conceptuel. Ces derniers peuvent être
parfaitement compatibles avec les grandes conceptions scientifiques actuelles.
Et alors, ayant fait soi-même ce constat - mais seulement à cette condition -
on peut les adopter en confiance à défaut de construire sa propre doctrine.
L'épicurisme est ainsi pour moi une doctrine de repli, le camp de base de ma croyance.
Je pourrais m’y tenir maintenant que je me suis assuré de sa compatibilité
globale avec la science actuelle - mais seulement parce que je m’en suis
assuré. Je vais m'expliquer là-dessus au cours de cette séquence d'articles,
notamment dans la dernière section.
Le plan sur lequel je laisserai mes idées se déposer,
comme des particules dans un liquide secoué dans son flacon, est donc bien
philosophique et, mieux encore, il se resserre sur le territoire panodien, sa
structure, sa signification, ses implications métaphysiques et éthiques. Ce qui
veut dire que j'épargnerai au lecteur les digressions scientifiques sur
lesquelles je ne suis pas compétent, que j'éviterai autant que possible ce qui
n'aurait pas de lien implicite avec la pensée philosophique. Le filtre que
j'applique aux livres que je lis dans cette séquence du blog est donc personnel
et il est loin d'être infaillible. En transmutant une matière à haute teneur
scientifique en une matière philosophique très personnelle il est probable que
je commets des erreurs d'interprétation. Disons que c'est un moindre mal par
rapport à l'attitude qui aurait consisté à ignorer délibérément la connaissance
scientifique sur des sujets ayant un rapport direct avec la nature du Réel.
Pour mon objectif particulier, j'ai essayé de choisir
des livres de vulgarisation scientifique écrits par des physiciens fondamentaux
ayant la fibre très réflexive, c'est-à-dire dont le propos scientifique est
guidé par l'exigence philosophique et sous-tendu par une volonté de
démonstration vis à vis de lecteurs non spécialistes. Côté lecteur, ma position
est très orientée puisque Panodia constitue le motif et le contexte de mon
enquête avec le souci prioritaire, je le répète, de la compatibilité de ma croyance
avec la connaissance scientifique, et, plus spécifiquement mes curiosités sur :
(1) la nature du monde physique et, au-delà, celle du Réel et (2) la Mémoire de
l'univers, donc sur l'existence et la définition du Temps.
Sur ces critères, j'ai choisi de centrer ma lecture
sur les trois ouvrages suivants en consacrant un article par ouvrage :
- Carlo
Rovelli. Reality is not what it seems. Ed. Riverhead books (2017)
- Lee Smolin, La
renaissance du temps. Ed. Dunod (2013)
[titre original : Time reborn]
- Rupert
Shledrake. La mémoire de l'univers. Ed.
du Rocher (1988). [titre original : The presence of the past. Morphic resonance and the
habits of nature]
Je n'ai pas l'intention de les résumer in
extenso mais seulement de prélever ce qui est utile à mon
propos, de le reformuler le cas échéant et de le commenter. Je n'exclue
pas de faire appel à d'autres sources, notamment chez les vulgarisateurs
actuels de la physique théorique.
2. Les idées principales du livre.
Commençons donc par l'ouvrage Carlo Rovelli, que j'ai
lu dans sa version en langue anglaise: Reality is not what it
seems (2017). Il a été publié en français sous le titre Par
delà le monde visible. La réalité du monde physique et la gravité quantique.
C. Rovelli y retrace à sa manière l'histoire de la
physique et de la cosmologie depuis Anaximandre et Démocrite (6è-5é siècle
avant J.C.) jusqu'aux dernières spéculations sur la nature de l'univers. C'est
un défi en moins de 300 pages mais cette prouesse a été rendue possible par le
fait que l'auteur y sacrifie des pans entiers des connaissances (notamment sur
les éléments de base constitutifs de la matière eux-mêmes et sur ce qu’on
appelle "le modèle standard des particules élémentaires" !) pour se
concentrer sur ce qui définit pour lui, spécialiste de reconnu au niveau
international, la nature fondamentale de la réalité physique.
Pour ne pas créer inutilement du suspens et donner
plutôt l'envie de connaître les détails, dressons tout de suite la liste des
idées majeures qui parcourent l'historique de C. Rovelli et qui constituent sa
structure transversale, sa véritable structure en vérité - celle qu'on pourra
emporter avec soi une fois la lecture terminée - et que je vais adopter ici
pour les besoins de ma cause - et en prenant le risque de la reformuler sans
terme technique :
1. L'infini est un outil mathématique qui ne
s'applique pas à la nature physique du réel.
2. Le Réel n'est pas continu mais discret,
granulaire, "atomique", formée d'unités élémentaires
ultimement insécables.
3. Ces unités ne sont pas des objets mais de nœuds de
relation dans divers champs de présence, d'influence et d'interaction.
4. Ces nœuds associés à une véritable structure
géométrique (mathématique) sont les vrais "atomes" et non pas les
atomes classiques ou même les particules élémentaires de la physique actuelle.
5. L'indétermination probabiliste caractérise les
évènements physiques élémentaires.
6. Les champs de présence répondent à une définition
commune susceptibles de les unir dans un même Tout.
7. L'espace n'est pas une toile de fond mais un champ
à part entière.
8. Les champs sont liés par covariance et
ils rendent compte de la totalité du Réel, dans toutes ses dimensions
cosmiques, du plus infime jusqu'au monde galactique,
9. Le temps n'a pas de fondement dans la structure infrascopique du
Réel. C'est une forme d'effet d'optique créé par l'entropie ("la flèche du
temps") et qui masque les échanges d'information au niveau granulaire.
10. Démocrite et les épicuriens avaient dit
l'essentiel.
Le développement qui suit n’adoptera pas forcément cette
structure conceptuelle comme plan car les idées sont difficilement
dissociables. Je respecterai globalement l’approche narrative et chronologique
de Rovelli, tout en y insérant mes commentaires personnels (en relation avec
Panodia et avec la doctrine épicurienne). Je précise que ceci n’est pas un
résumé. C’est une appropriation personnelle du texte de Rovelli où domine mon commentaire
critique.
3. La divisibilité à l’infini est impensable, mais la continuité l’est-elle ?
Cette idée vient spontanément en tête de mes
commentaires car elle contribue à définir ce que nous appelons "le
Réel" dans sa généralité. Le Réel est ce qui n'échappe pas à notre
entendement. C'est un autre mot pour désigner l'objet (mai aussi le sujet) de
notre entendement. Le Réel existe par convention de nature. Or l'infini, comme
le zéro, est un gouffre où toute signification vient se fracasser et se
perdre.
On n'est pas loin du trou noir* des cosmologues
: pour que le réel existe (pour nous humains), pour qu'il n'échappe pas à
notre entendement, il est impératif que le trou dit noir ne soit pas totalement
noir, qu'il interrompe en somme sa noirceur avant d'avoir atteint le zéro de
l'espace et du temps et l'infini de l'énergie.
*Trou noir : zone de
l'espace dans laquelle la masse, donc l'énergie, s'est tellement concentrée que
la lumière elle-même ne peut plus d'en évader. Il détermine une courbure de
l'espace qui en fait un piège gravitationnel. Le temps s'y étire indéfiniment.
Un physicien théorique nommé Planck a calculé cette
échelle minimale en deçà duquel le Réel n'existe plus pour nous : 10-35 mètre.
C'est le point de rupture où l'espace et le temps cessent d’être des concepts
opérationnels. La fin de "notre " réel, la fin de notre capacité à le
définir avec les outils mathématiques d'aujourd'hui. Bien sûr, les physiciens
théoriques essaient de repousser les limites et ils tiennent en horreur ce
qu'ils appellent des "singularités", c'est-à-dire des limites où un
objet cesse d'être définissable (vor plus bas les diverses théories
s'appliquant à la gravité quantique).
Infini (et Zéro) sont antinomiques avec le Réel. C'est
tout bête au fond. Le Réel est le produit d'un certain entendement. Il a
besoin d'une instance qui cherche à le percer, à le percevoir, à le penser,
voire à le transformer. Sans cette instance, pas de Réel. Lorsqu'ils sont mal
domestiqués, l'infini et le zéro, formidables instruments logiques donnés à
l'homme par la nature, peuvent devenir des obstacles à sa perception et à sa
compréhension du Réel.
On pourrait dire que l’infini mathématique est une
béquille de la pensée qui permet à l’intellect de s’en débarrasser !
Pour le physicien théorique (qu'est Rovelli), le Réel
est un ensemble de concepts opérationnels définissables - et maîtrisables - au
moyen d'outils mathématiques. Ce sont des représentations à l'état pur, défiant
toute perception ordinaire. Mais la perception que je qualifie d'ordinaire sans
rien y entendre de péjoratif, notamment la perception des poètes, a tout
intérêt à y venir faire quelques prélèvements, ne serait-ce que pour se renouveler
et renoncer aux poncifs romantiques - et tout empreints de religiosité - sur
l'Infini ou sur le Rien.
Sur ce point, je ne suis que conforté dans ma
croyance, m'étant délivré depuis longtemps du piège de l’infini (voir mon Testament philosophique). Dans ma
construction du modèle Panodia c’est un non-dit, un présupposé métaphysique de
base allant tellement de soi que je n’ai pas jugé nécessaire d’y revenir. Ces
commentaires me donnent simplement l’occasion de me répéter.
Le propos de
Rovelli est ici articulé sur le dualisme métaphysique entre continu et
divisible, dualisme pour classe de philosophie dans le prolongement direct
de ce qui précède. Mais prenons Rovelli aux mots.
Le continu d'abord. Ce n'est pas une suite infinie de
points car, comme l'avait déjà démontré Zénon d'Élée, si l'espace était
infiniment divisible alors Achille ne pourrait jamais rattraper son retard sur
la tortue. Le calcul différentiel et intégral nous ont permis de résoudre ce
paradoxe au point qu'il ne devrait demeurer paradoxal pour personne. Par
ailleurs on a tendance à oublier, dans les manuels de philosophie en premier
lieu, qu'il était destiné à nier le mouvement et non pas à infirmer l'infini
!
L'infini existe bien au plan mathématique, mais
seulement comme outil auxiliaire, comme intermédiaire dans un raisonnement, et
pas du tout comme synonyme de "l'illimité" métaphysique. Une somme
infinie d'intervalles peut encore effet égaler un nombre fini. Ensuite le
mouvement, nié par Zénon d'Élée à la suite de Parménide, est bien continu. On
n'y saute pas d'un point à un autre, on traverse un continuum où la limite de
la série correspond au point de rencontre physique. L'intégration mathématique
réconcilie donc la divisibilité de l'espace avec la continuité du temps. Il n’y
a plus de quoi en être étonné.
L'homme peut donc penser le continu et l'appuyer sur
un raisonnement mathématique. Le continu, à défaut de l'infini
métaphysique, est une propriété importable dans un entendement sain du Réel.
Pourquoi s'en priver ?
Pourquoi dès lors serait-il absolument nécessaire de
postuler que le cosmos est formé d'unités élémentaires ultimement insécables,
autre dits d'"atomes" dans la définition élémentaire qu'en avait
donnée Démocrite et qu'ont adoptée ensuite les épicuriens ? Démocrite fonde en
effet son intuition sur l'absurdité de la séparabilité ad infinitum.
Deux millénaires plus tard on arrive à l'atome de
Lavoisier, notion purement opérationnelle basée sur la décomposition chimique
des substances. Et il faudra attendre l'explication par Einstein (puis Perrin)
du mouvement Brownien en 1905 pour avoir des preuves irréfutables de la
discontinuité du milieu symbolisant pourtant la continuité fluidique qu'est
l'eau. Ajouté à la surface de l'eau, des grains de pollen, mais tout aussi bien
des gouttelettes d'huile ou de minuscules fragments de verre descendent dans le
liquide selon des trajectoires hétérogènes qui traduisent l'hétérogénéité du
milieu qui les portent et les agitent. Et le modèle mathématique statistique
qui rend compte du phénomène va jusqu'à permettre de mesurer la taille de
l'unité élémentaire à l’origine de cette "agitation" : la molécule
d'eau.
Rovelli a choisi dans cet ouvrage de faire totalement
l'impasse sur la structure de l’atome lui-même (modèle de Bohr, 1913), puis,
surtout, sur la décomposition de ce modèle de base en particules élémentaires,
des quarks jusqu'au récent boson de Higgs. Il a dû considérer que la physique
des particules ne servait pas son propos sur la granularité du Réel. Et il est
assez facile de comprendre pourquoi. La recherche sur les particules
élémentaires montre qu’il est toujours possible de diviser la matière, donc
elle est finalement - et peut-être occultement - animée et nourrie par le
présupposé métaphysique d’une continuité ultime.
4. Grain versus champ : le piège du dualisme.
Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi Rovelli
s’acharne tant à mettre en avant la "granularité" du Réel aux dépens
de sa "continuité". J’ai l’impression qu’il s’est enferré dans cette
idée, qu’il s’est laissé prendre à un piège banal de la pensée humaine : la
vision purement dualiste.
L’idée n’est pas fausse en soi mais son extension
systématique hors du domaine logico-mathématique n’apparait pas pertinent pour
appréhender la nature du Réel, tel que décrit par Rovelli lui-même dans la
suite de son propos. En effet, ce qui frappe à première vue le profane dans les
représentations du Réel proposées par la physique théorique contemporaine c’est
un va-et-vient permanent entre une vision réductionniste visant à toujours
décomposer les composants élémentaires et une vision holistique visant à trouver
une unité dans ce chaos.
La notion de "grain" tant revendiquée par
Rovelli - comme pour faire écho à Démocrite à travers les âges -, n’a de
fondement qu’associée à celle de "champ" qui semble être le motif le
plus constant, le plus obsessionnel même, dans la tête des chercheurs
quantiques, comme on va le voir tout à l’heure. D’ailleurs j’ai déjà noté que le
continu est parfaitement "pensable" par l’homme, y compris avec des
outils mathématiques.
En Panodie on se méfie des facilités (ou automatismes)
de la pensée que sont les dualismes. La doctrine vise même à les détecter
afin de pouvoir s’en émanciper. C’est pourquoi ce premier motif du livre de
Rovelli sur la granularité du Réel peut servir de contre-exemple. J’aurais
plutôt attendu de la part de l’auteur qu’il cherche à réconcilier les deux
représentations actuellement l'œuvre dans la recherche physique théorique. Au
moins dans sa conclusion.
Il s’agit en effet ici de ne pas prendre parti,
contrairement à ce que Rovelli s’acharne à faire tout au long du livre, au
mépris d’une évidence scientifique qu’il expose pourtant de manière
convaincante quand il décrit les étapes de la représentation quantique du Réel
(voir section suivante).
5. Histoire de la physique moderne : de la gravité aux champs quantiques.
Je contracte ici plusieurs chapitres du livre qui
forment un tout d’une seule coulée constituant le message principal du livre.
Message brillant qui emporte la conviction malgré la réserve notée plus haut.
Ce qui emporte l'adhésion du lecteur non spécialiste
(que je suis) c’est la manière dont Rovelli parvient à résumer l’histoire de la
physique et de la cosmologie depuis l'origine. Il y parvient en calquant la
narration historique sur un schéma interprétatif général permettant de se
représenter clairement l'évolution des concepts sur la nature du monde. L’autre
réussite incontestable du livre c’est de le faire sur un ton familier, intime,
personnel, poétique même. Par exemple, l’auteur appelle les savants par leurs
prénoms, Albert y ayant évidemment la place d’honneur avec ses
trois prix Nobel.
Le schéma général interprétatif me permet de résumer
de manière on-ne-peut-plus contractée l’ensemble de l'historique aboutissant à
la proposition philosophique qui sert de titre à cette section. Le voici ce
schéma avec les étapes successives de la période dite moderne, c’est-à-dire
depuis le XVIIe siècle (Figure 7.8 de l'édition anglaise) :
*
Rovelli distingue donc 6 périodes successives, les
quatre premières étant identifiées par le nom de leurs savants majeurs (Newton,
Faraday et Maxwell, les deux Einstein), les deux plus récentes par un terme
générique montrant les deux phases de la physique quantique (mécanique
quantique puis gravité quantique). Ce qui me frappe à la lecture de Rovelli
c’est qu'aucune de ces phases n’est en soi "dépassée" :
La gravité de Newton (XVII e), telle qu’elle
s’applique à la terre et à la plupart des planètes du système solaire, reste
vraie. Ce référentiel c’est le nôtre, le seul qu’on soit capable de vivre sur le
mode de la perception sensible, au moins pour ceux qui lèvent les yeux vers le
ciel.
L'électromagnétisme, inventé au milieu du XIXe par
Faraday et formalisé mathématiquement par Maxwell, est plus familier encore
puisque les applications ont envahi notre monde de tous les jours. L’électricité
est probablement le moteur principal du progrès industriel. Le concept
scientifique majeur qui émerge ici, et qui finira par envahir le terrain de la
physique théorique, c’est celui de "champ". Le champ (concept
continu) concurrence l’objet figuré qu’est la particule (concept discret) sans
pour autant l'éliminer du tableau.
Le premier Einstein, celui de 1905, c’est celui de la
relativité restreinte, de l’espace-temps, de la dépendance mutuelle de l’espace
et du temps. Liaison qui n’est perceptible qu’à l’aide d’instruments de mesure
perfectionnés et à des échelles dépassant notre cadre habituel de perception. C’est
la mise en question de l'antique notion d’éther, espace neutre où viendraient
s’inscrire tous les corps et tous les évènements cosmiques. Mais les particules
y règnent toujours en maîtresses.
Le second Einstein, celui de 1915, c’est celui de la relativité
généralisée, de la courbure de l’espace sidéral et des influences réciproques
des galaxies sous l'effet des champs de gravité. Car la gravité à l'échelle
cosmique s’impose bien comme un champ - ou un emmêlement de champs - s'imposant
aux objets figurés quelle que soit leur taille, les contraignant dans leur
trajectoire. Réciproquement c’est la masse (donc l'énergie) de ces amas de
matière en circulation qui détermine les courbures de l’espace. Rovelli décrit
ainsi l’espace-temps comme un gigantesque mollusque.
Ces deux découvertes majeures de Einstein (s’ajoutant
à plusieurs autres) ne remettent pas en question la perception ordinaire du
cosmos car elles s'appliquent à un référentiel spatio-temporel dépassant de
loin les capacités perceptives humaines. En revanche elles ont eu une influence
déterminante sur la physique théorique dans son orientation quantique, et sur
la cosmologie notamment sur la théorie du Big Bang et l'expansion de l’univers.
Et puis Einstein restera un formidable catalyseur pour l’imagination, voire pour
le rêve.
Puis la physique quantique naquit à partir des années
1920. Son référentiel à elle commence à l’infra-microscopique, considéré comme
la trame de toutes les niveaux supérieurs d’organisation. On découvre que
l'énergie circulante, notamment celle qui est capable de modifier la structure
de l’atome, n’est pas graduelle et cumulative mais de type « tout ou rien »,
s’exerçant donc par "quanta." Dans sa première phase dite de
"mécanique quantique", elle généralise la notion de champs à toutes
les particules élémentaires dont se trouve formée la matière, des protons
jusqu’au boson de Higgs. La dualité onde-particule héritée des études
pionnières sur la lumière et les photons, est abandonnée au profit de celle de
champ quantique où les particules élémentaires ne sont plus des objets figurés
dotés d’une ontologie permanente mais des événements relationnels provoqués par
la rencontre des champs et définissables sur une base probabiliste (et non
déterministe).
Si la théorie physique, essentiellement mathématique,
est difficilement abordable par les non-spécialistes, ses applications
technologiques ont envahi notre quotidien, ce qui valide son fondement
théorique. C’est le truchement par lequel nous pouvons y croire sans réserve.
Ainsi avons-nous concrètement mais indirectement accès à un monde hors de notre
portée, autant par les sens que par l’intellect.
Alors que la mécanique quantique a encore de beaux
jours devant elle, notamment par ses prolongements technologiques, le souci est
né chez les physiciens (à partir des années 1980 environ) d’unir la notion de
champ de gravité à celle de champ quantique. Donc finalement de transgresser
les frontières imposées par le référentiel spatio-temporel spécifique à chaque
type de champ. En outre, l’infra-microscopique où se place en priorité la
théorie quantique a une limite inférieure en deçà de laquelle ses équations ne
s'appliquent plus. C’est ce qu’on appelle l'échelle de Planck.
Double difficulté, non encore résolue, qui conduit à des modèles concurrents
d’interprétation du Réel dans sa totalité.
Nous en sommes encore là : le modèle standard de la
physique quantique s’impose par sa parfaite reproductibilité, son applicabilité
technologique à l'échelle terrestre et même domestique, et par sa puissance
inférentielle à l'échelle cosmologique.
6. La nature du grain : quantum ou métrique ?
Reste pourtant à expliquer de quoi est fait exactement
le Réel. Faut-il se satisfaire des champs et des particules ? Et des deux, quoi
privilégier ? Les champs sous-entendent une forme de continuité, et leur
multiplicité suggère une matrice complexe s’imposant comme une permanence
changeante, comme une vibration continue traversée par tous les niveaux de la
gamme. Les particules ne sont paraît-il que des événements de rencontre, de
hasard même, dont le comportement bizarre, contre-intuitif, obéit à des lois
statistiques s’appliquant à un ensemble et non pas à un individu, à un objet
particulier. Postuler des objets au plan expérimental pour pouvoir mieux les
effacer au plan philosophique.
Alors pourquoi Rovelli veut-il absolument privilégier
le grain sur le champ alors que leur conjonction s’impose naturellement ? Pour
moi le problème conceptuel du grain c’est qu’il est empreint d’une ontologie
fortement objectale. La négation systématique de l’objet (par rapport à la
relation) par les physiciens théoriques comme Rovelli est donc, du point de vue
profane qui est le mien, assez paradoxale. En prenant plus de recul encore, on
peut s'étonner que les physiciens décomposent inlassablement la matière en
particules (25 découvertes à ce jour) les considérant donc a priori comme des
objets (au sens Kantien), puis qu’une fois découverts et identifiés ils
s'empressent d’effacer le caractère d’objet pour y substituer celui
d'événements produits d’une relation. Mal maîtrisée, cette transition
conceptuelle ne peut-elle pas être une source de mésinterprétations quant à la
nature du Réel ?
Le grain dans le "modèle standard" c’est
d’abord le quantum d'énergie. Autrement dit le fait que les modifications de la
matière répondent à une logique de saut et qu’ils ne sont pas progressifs ni
cumulatifs (effet photoélectrique initialement découvert par Einstein et qui
lui valut son prix Nobel en 1921). Nous tenons là une conception fonctionnelle
et relationnelle de la matière. Mais dans ce même modèle standard le grain
c’est aussi la dimension minimale en-deçà de laquelle il ne peut rien se passer
selon les modèles mathématiques existants. C’est la maille infime. Serait-ce
l'échelle dite de Planck ? Alors, quoi choisir : le quantum fonctionnel, la
dimension objective prédite par l’équation mathématique ou autre chose encore
comme le laisse penser la suite de l’histoire (voir plus bas) ?
Ce déroulé en raccourci de l’histoire moderne de la
physique aboutissant au modèle standard de la mécanique quantique et de la
cosmologie était indispensable mais il ne fragilise pas le modèle-croyance
qu’est Panodia. Panodia ne fait pas d'hypothèse sur le grain du Réel et sur sa
taille mais il considère le Réel phénoménologique comme un inépuisable réseau
de relations impliquant des Éprouvants c’est-à-dire non pas des objets-sujets mais
des récepteurs-émetteurs. Il arrive que le produit de ces relations
croisées puisse faire sens et alors il y a création de nouveauté. Ce que j’ai
appelé Phanèmes ce sont les nappes ou vagues du réel où les significations
émergent.
7. L’ Unité mathématique.
Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos peines avec
l’histoire récente de la physique théorique. Au-delà du dilemme actuel entre,
d’un côté, la continuité des champs côté et, de l'autre, la granularité des
particules, des quanta ou de ces bornes qu’impose la modélisation mathématique
du Réel, au-delà de cela, il y a la question de l’Unité de ce Réel. Un souci
bien panodien celui-ci.
Dans le schéma de Rovelli du début de cet article,
figure en effet une dernière étape appelée "Gravité quantique". Et
l’on perçoit d'emblée que cette étape vise à unifier la notion de champs dans
une super-théorie englobant les champs quantiques du modèle standard de la
mécanique quantique et le champ de gravité issu de la relativité générale de
Einstein. Remarquons qu’il s’agit toujours de représentations mathématiques du
Réel sous forme de jeux d’équations à plusieurs variables et dans lesquelles
les constantes dites "universelles" sont susceptibles d’un certain
redressement pour les besoins de la cause. Quand on lit en profane - mais de
quoi n’est-on pas profane dès qu’on essaie de comprendre ? - les ouvrages de
vulgarisation sur les modèles hypothétiques de gravité quantique on pense aux
accordeurs de piano. Chaque modification d’un paramètre oblige à revenir sur
l'accord précédent, mais ici l'ajustement réciproque n’a pas encore trouvé sa
fin, sa résolution.
La science physique a perdu ici le caractère expérimental,
quasi-expérimental, ou de la preuve par les conséquences qu’elle avait pour les
pionniers de la mécanique quantique ou pour les inventeurs de l'environnement
techno-quantique des XX et XXIe siècles. Certes, on retrouve encore cette
démarche expérimentale classique par exemple dans la démonstration de
l'intrication quantique par Alain Aspect (initiée dès les années 80 et pour
laquelle il a récemment reçu le prix Nobel). Ce n’est pas non plus une science
d'observation comme l’astrophysique puisque le niveau de réalité visé est par
définition inobservable. Mais pour les physiciens théoriques la
démarche heuristique consiste à adapter les équations à l’objectif qu’on
veut leur faire servir. Leur jeu doit intégrer tous les éléments (théoriques)
qu’on assigne a priori au modèle mathématique, sans considération immédiate de
preuve par l’expérience ou par l'observation. Le Réel est défini intégralement
de manière mathématique.
Le champ de gravité n’avait pas été défini
originellement dans les échelles infimes et les équations qui rendent compte de
l’espace-temps, de sa courbure et de ses vagues intersidérales, sont
apparemment d’une autre nature que celle des champs quantiques. On comprend le
besoin d’unifier deux conceptions hétérogènes concernant la nature même du
Réel. Car cette dichotomie apparente peut révéler des failles dans les
formalisations mathématiques antérieures. J’imagine que la recherche consiste
ici non pas tant à inventer autre chose, qu’à revenir sur les étapes
antérieures.
Je suis évidemment incapable de comprendre, donc de
comparer les hypothèses actuellement en concurrence dont le fondement, encore
une fois, est essentiellement mathématique. Mais j’ai pu suivre, à quelque
chose près, le propos de Rovelli et trouver mon propre angle d’attaque sur ce
sujet, toujours en relation avec Panodia bien entendu. Cela forme à peu près la
moitié de l’ouvrage (chapitres 5 à 13) mais je serai très sélectif sur ce qui va
au-delà du modèle standard.
8. L’Unité contre le Réel
A ce stade de mon article, je trouve approprié de
citer in extenso la transition de Rovelli lorsqu’il quitte l’exposition
du modèle dit standard pour aborder la gravité quantique, en d’autres termes la
question de l’unification des champs. L’autre intérêt de cette citation est
qu’elle résume la cosmologie actuelle dans une sorte de message simplissime
qu’on peut emporter avec soi :
« Si vous avez pu me suivre jusqu'ici, vous
avez tous les éléments pour comprendre l’image courante du monde que suggère la
physique fondamentale, sa puissance, ses faiblesses, ses limites. Il y a un espace-temps né il y a 14
milliards d’années, personne ne sait comment, et qui est toujours en expansion.
Cet « espace » est un objet réel, un champ physique dont la dynamique est
décrite par les équations d’Einstein. L’espace se plie et se recourbe sous le
poids de la matière et plonge dans les trous noirs lorsque la matière est trop
concentrée.
« La matière est distribuée dans une
centaine de milliards de galaxies, chacune contenant une centaine de milliards
d’étoiles, et elle est formée de champs quantiques qui se manifestent sous la
forme de particules, telles que les électrons et les photons, ou d’ondes, comme
les ondes électromagnétiques qui nous apportent aussi bien les images de
télévision que la lumière du soleil et des étoiles.
« Ces champs quantiques constituent les
atomes, la lumière, et le contenu entier de l’univers. Ce sont des objets
étranges : leur quanta sont des particules qui apparaissent quand elles
interagissent avec quelque chose d’autre ; laissés à eux-mêmes [les quanta],
ils de déploient suivant un « nuage de probabilité ». Le monde est un
grouillement d’événements élémentaires immergés dans un vaste espace dynamique
qui oscille comme l’eau d’un océan.
« Avec cette image du monde et les quelques
équations qui le concrétisent, nous pouvons décrire à peu près tout ce qu’on
voit. A peu près. Quelque chose manque. Et de
ce quelque chose nous sommes en quête. Le reste du livre parle de cette chose
manquante.
« En tournant la page, vous passez de ce
que, pour le bon ou pour le mauvais, nous avons une connaissance crédible à ce
que nous ignorons encore mais que nous essayons d’entrapercevoir. Tourner la page c’est abandonner la
sécurité de notre petit vaisseau spatial de quasi-certitudes pour faire un pas
dans l’inconnu ».
On notera en passant que, dans ce court résumé de sa
pensée sur le modèle standard, Rovelli préserve le dualisme grain (atome)
versus champ. De même qu’il préserve le dualisme, désormais historique
celui-ci, entre onde et particule pourtant remis en cause – sur des arguments
de modélisation mathématique - dès le début de la mécanique quantique, ceci au
profit de la seule particule - version probabiliste s’entend.
On comprend d’une manière générale le souci
d’unification de deux représentations de l’univers physique. Mais ces deux
théories (gravité générale d’une part, théorie des champs quantiques de
l’autre) s’intéressent elles au même référentiel physique ? A priori non. La
gravité générale s’applique aux très grandes échelles donc aux études
cosmologiques, tandis que la théorie des champs concerne surtout le niveau
moléculaire (force électromagnétique, forces nucléaires fortes et faibles).
Est-on en train de parler de référentiels comparables ? Est-on en train de
parler de mondes identiques ? Dire qu’il s’agit du même monde est une hypothèse
audacieuse. On perçoit ici le présupposé métaphysique sous-jacent à cette
recherche d’unité. C’est un présupposé « inversé » en quelque sorte. On ne part
pas de l’hypothèse d’un monde régi par un principe physique unique (Unus
mundus) avec l’objectif de trouver une théorie qui pourrait en rendre compte,
mais de la nécessité d’unifier deux théories mathématiques sur la nature de
l’univers pour n’en faire qu’une seule, ce qui permettrait d’en inférer que
l’univers est Un !
Dans le même ordre d’idée, même si les théories des
champs sont unifiables, ici sur le terrain quantique, est-on sûr de parler dans
chaque d’un même plan du Réel. Pas certain, car la gravité quantique en boucles
- la théorie de Rovelli - a pour ambition de substituer à l’espace d’Einstein,
milieu où se déploient les champs quantiques et les particules du modèle
standard, un espace quantique qui servirait de matrice à tous les autres plutôt
que de scène où se déploient les phénomènes. Dans ce cas, la gravité quantique
serait le plan de base, préalable à tous les autres.
Il convient de garder en tête qu’il s’agit ici d’une
pure théorisation mathématique consistant à rendre compatibles dans un nouveau
jeu d’équations deux jeux d’équations antérieures - mécanique quantique et
relativité générale - jugées incompatibles. Le Réel ne paraît-il pas bien
éloigné ? Cette idéalisation mathématique du Réel dans une science, la
physique, qui est pourtant de nature expérimentale, nous rapproche de l’image
du monde de Pythagore puis de Platon.
9. Mousse et pixels : une nouvelle topologie de l’espace.
Quand on considère de très loin - puis-je faire autre
chose ? – le modèle de la gravité quantique dite « à boucles » dont Rovelli est
l’un des tenants, on remarque qu’il conduit à une topologie de l’espace sous la
forme d’une mousse vibrionnant (swarming foam en anglais) formée de « grains »
de dimension variables dont le plus petit ne peut être inférieur à la dimension
de Planck (10-35 cm). Chaque grain est défini par un centre (appelé
nœud), un volume et une surface sur laquelle repose l’interaction fonctionnelle
avec les autres grains. L’ensemble forme un réseau de spins où chaque spin
prend une valeur discrète (un demi-entier), un quantum donc, qui ne peut être
inférieur à ½.
Cette géométrisation - on pourrait cette métrique et
cette granularisation de l’espace - rendrait compte non seulement de sa
courbure sous l’effet de la gravité (et à toutes les échelles) mais aussi de
phénomènes quantiques aussi spécifiques et déconcertants que la délocalisation,
l’intrication et la superposition.
Bachelard doit ricaner dans sa tombe en constatant à
quel point la représentation du Réel est ici tributaire de l’image qu’on s’en
fait. On pense immanquablement ici au sable et à ses grains incomptables, au
filet aux mailles très resserrées. Attention à l’obstacle épistémologique !
D’autant plus qu’ici rien n’est falsifiable au plan expérimental, voire
observationnel (contrairement à l’astrophysique). Seules les mathématiques ont
droit de cité.
Cet appel à l’image du grain est aussi irrésistible
que la concurrente : celle de la mer avec ses vagues, très utilisée aussi par
Rovelli et qui tend à favoriser la continuité du champ. Pour réconcilier les
deux visions, on invite l’observateur placé à la verticale de cette surface
mouvante à s’en rapprocher peu à peu. Ce qu’il voit alors c’est une mousse
désordonnée et constamment agitée. Images, êtes-vous fidèles à la réalité ?
Admettons, n’en déplaise à Bachelard.
Rovelli insiste. Le nouvel espace défini par la
gravité quantique à boucles, cet espace pixellisé et néanmoins vibrionnant, ne
s’inscrit pas sur - ou à l’intérieur - de l’espace Einsteinien. Il est
l’espace, tout l’espace. Il remplace celui d’Einstein, relégué au statut de «
contenant amorphe » (sic). Dans une même envolée conceptuelle cet espace
nouvellement défini est décrété rendre compte (en théorie) de tous les
phénomènes quantiques, à toutes les échelles égales ou supérieures à la
dimension de Planck.
10. Le temps élidé
Cette géométrisation de l'espace en "mousse"
vibrionnante achève de figer le monde dans une structure dont le temps est le
grand absent. De même que disparaît le vieil espace « pur contenant inerte »
(Rovelli ne le confond-il pas avec l’antique Ether ?), doit aussi s’effacer le
vieux temps considéré comme le flux continu sur lequel s’inscrivent les
phénomènes et leur cours.
Et pourquoi le temps, qui s’invite pourtant. dans toutes les équations de la physique
expérimentale, devient-il soudain facultatif dans la théorie de la gravité
quantique à boucles ? Parce que les équations mathématiques peuvent s’en
dispenser sans perdre leur validité ! L’autisme mathématique que j’évoquais
plus haut ne se révèle-t-il pas ici dans toute sa splendeur ? Il me semble que
le Réel perd sa valeur référentielle. N’est-on pas totalement hors-sol, au sens
propre ?
Écoutons aussi attentivement que possible les
arguments de Rovelli car cette remise en question du temps, venant après celle
de l’espace, est propre à ruiner l’importance du devenir et de la mémoire dans
le modèle Panodia. Pour Panodia, le temps n'est pas une illusion nécessaire,
mais la condition même de l'existence des Éprouvants.
La disparition du temps à l’échelle de Planck est le
plan de base fondamental du Réel dans la gravité quantique à boucles de
Rovelli. Au niveau des grains élémentaires, le temps ne peut plus logiquement
circuler, comme la relativité générale aurait pu l’anticiper. On imagine ces
ultimes grains comme des unités de densité extrême (masse, énergie), maintenues
au bord du néant par la résistance irréductible de la trame quantique. Que le
temps ne soit plus nécessaire dans les équations mathématiques n’a dès lors
rien qui doive étonner.
Sur cette base théorique où tous les termes des
équations sont inventés (quoique logiquement fondés), Rovelli entreprend la
démonstration de l’inutilité du temps pour comprendre le monde. Pour ce faire
il commence par expliquer que même aux échelles « humaines », celles de Galilée
et de Newton, le temps de la physique expérimentale n’est qu’une variable
intermédiaire, un outil permettant d’établir les relations entre d’autres
variables, fondamentales celles-ci ! Seules sont pertinentes, ajoute-t-il à plusieurs
reprises, les variables qu’on peut observer. La précision est savoureuse de la
part d’un physicien théorique qui invente ses propres variables, qui les ajuste
mathématiquement pour les besoins de sa cause, et qui a définitivement renoncé
à la preuve expérimentale directe !
Sans le temps, on se demande comment la théorie des
boucles peut rendre compte de l’évolution de la matière au niveau élémentaire
de la gravité quantique. Rovelli transpose ici le raisonnement probabiliste de
la mécanique quantique permettant de calculer, en principe, la probabilité que
tel ou tel événement se produise. Dans cette transposition audacieuse,
l’évènement étudié n’a pas lieu dans un certain morceau de l’espace-temps
quantique : il s’identifie intégralement à ce morceau – ce sushi de
l’espace-temps dit Rovelli, ce bloc d’univers.
L’insistance de Rovelli à étendre ce raisonnement à la
gravité macroscopique, que la physique classique maîtrise parfaitement sur un
mode déterministe, cette insistance me laisse perplexe. J’y vois surtout une
régression épistémologique.
11. Effet d’optique, manifestation, émergence.
Quoiqu’il en soit, Rovelli croit tenir dans la gravité
quantique à boucles, la trame fonctionnelle de la réalité physique du monde.
Cette réalité peut maintenant se décrire sous le vocable unificateur de champs
quantiques covariants (voir illustration 1). Le temps et l’espace n’ont
évidemment pas disparu totalement du tableau mais ils ne sont que des « effets
d’optique », des « manifestations », voire des « émergences », issues de la
structure fondamentale. On appréciera la progression sémantique des trois
termes utilisés par Rovelli qui montre que le fond de sa pensée sur les
grandeurs classiques de la physique n’est pas stabilisée au moment de la
rédaction de cet ouvrage.
En vérité, Rovelli est guidé par cette croyance que le
Réel est le produit d’une mathématique universelle fondée sur un principe
structurant unique qui explique d’emblée tout ce qui se passe, ou plus
exactement tout ce qui est de toute éternité. Dans ce contexte, la mission du
pauvre homo scientificus, englué dans le Temps par constitution, est de
retrouver ces mystères éternels par une enquête de type probabiliste.
Par comparaison, l’unité de l’Unus mundus, à quoi
j’essaie de donner une expression à travers Panodia, n’est pas fondée sur un
principe structurant unique mais sur la liaison et la cohérence de tous ses
composants. Si je devais énoncer un principe unique, il ne serait pas de nature
mathématique et ne viserait pas, comme chez Rovelli, à affranchir le monde fu
temps. Il serait métaphysique et s’il devait absolument sacrifier quelque chose
du monde, ce serait le dualisme constitutif de la philosophie occidentale.
La différence fondamentale entre les deux visions du
Réel ne réside pourtant pas là. Rovelli ne s’intéresse que subsidiairement aux
phénomènes dont Panodia fait le substrat même de son Réel. Il ne les nie pas
mais il les envisagent comme des éléments subsidiaires, de simples retombées de
son espace-temps bouclé. On pourrait objecter que je suis en train de comparer
deux choses non comparables : une théorie physique et une philosophie à
prétention cosmologique. Oui, certes, mais Rovelli se réclame à l’envi
d’Anaximandre, de Démocrite, et de Lucrèce. Sa réflexion se place donc
délibérément sur le terrain de la philosophie cosmologique, ce que les anciens
appelaient précisément la Physique. Mais comparaison est donc fondée et
pertinente.
Le Réel panodien est phénoménologique, relationnel et
interactionnel ; le Temps et la Mémoire, l’Indéfini et l’Indéterminé y occupent
des places essentielles. Par comparaison le Réel Rovellien est donné d’emblée
et n’avance qu’au rythme de l’élucidation par nous de ses énigmes (d’où l’effet
de « trompe-l’œil »).
Notons que cette vision Rovellienne d’où le phénomène
et l’émergence sont élidés, voire évacués, est loin d’etre partagée par tous
les physiciens théoriques contemporains. On pourrait même dire que la mécanique
quantique classique est fondée sur la prééminence des phénomènes en tant
qu’événements observables et mesurables, sur leur liaison statistique, aussi
déconcertante soit-elle, et non sur une explication fondamentale dont on peut
se dispenser sans perdre la capacité de les prédire et de les maîtriser.
12. Malentendus sur les antiques
Je fais maintenant un retour vers les philosophies
antiques dont Rovelli se réclame souvent, comme moi pour Panodia. La divergence
de vision entre Rovelli et Panodia est telle que je crains que certains
malentendus se soient glissés dans cette comparaison avec les physiques présocratique
et épicurienne. Examinons ceci de plus près, au moins pour apporter des nuances
à ma propre démarche analogique.
Ce qui me frappe en premier lieu chez Rovelli c’est sa
conformité avec les poncifs métaphysiques que la tradition associe à Pythagore
et à Parménide, respectivement. Pythagore pour sa confiance sans réserve à
l'entreprise de mathématisation du Réel, au détriment de son appréhension
phénoménologique ; Parménide pour son mouvement spontané de retour à l’Un
immobile au détriment de la mobilité et de la fugacité des choses. Son modèle
de gravité quantique est une façon de donner une forme à l’Un, de le figer pour
l'éternité, de l'imposer comme l’a priori auquel il est impossible
de se dérober. Comme Platon s’inspire beaucoup des deux (Pythagore et
Parménide), on pourrait qualifier Rovelli de platonicien proposant la Forme (eidos)
définitive, précédant toutes les Formes, et qu’il conviendrait de placer juste
sous le Démiurge.
Rovelli préfère se placer dans les pas de Démocrite pour l'atomisme et d'Anaximandre dont l’Apeiron (l'Indéfini) lui semble une anticipation du champ de gravité quantique à boucles. Il me semble pourtant qu'il y a un "grand écart" entre les deux. Chez Anaximandre, l'Apeiron est l'origine indéterminée de toute chose. Rovelli l'utilise pour illustrer deux points :
- l'absence de
fond : tout comme l'Apeiron ne repose sur rien d'autre que lui-même,
l'espace-temps de Rovelli n'est pas un "contenant". Il n'y a pas
d'espace préexistant où les choses arrivent.
- la neutralité : L'Apeiron n'est ni eau, ni air, ni feu. De même, les "boucles" de Rovelli ne sont pas de la matière dans l'espace, elles sont l'espace et la matière en même temps.
Mais
l'analogie s'arrête là. Car alors que l'Apeiron suggère l'illimité et le flou,
la gravité quantique à boucles est une théorie de la discrétisation. On ne
peut pas facilement réclamer l'héritage d'un concept fondé sur
l'indétermination (Apeiron) tout en proposant une architecture où chaque
"grain" d'espace est strictement défini par des opérateurs
mathématiques finis.
Quand Rovelli étend l’analogie à l'épicurisme antique,
notamment celui de Lucrèce, dont la formulation est précise et qui ne laisse
pas autant de liberté d’interprétation que les fragments teintés de mystère
laissés par les deux autres, alors là je pense que le malentendu peut
s’installer sur des points majeurs.
Certes on y retrouve les "atomes" de
Démocrite ainsi que le hasard de leurs rencontres ; on y retrouve aussi leur
hétérogénéité de surface qui permet, comme les des surfaces des grains de la
gravité quantique de contracter des liens avec d’autres "atomes"
prêts à les connaître. Mais pour les épicuriens le Réel a un fondement purement
phénoménologique et il n’est pas défini sur la base d’un principe unique
susceptible de tout expliquer. Il naît des relations que tous les partenaires
peuvent tisser entre eux. Au point même que la perception des choses n’y est
envisagée que comme une interaction réciproque où chaque partenaire du couple
("ce qui perçoit" et "ce qui est perçu"), va activement au-devant
de l’autre. On m’objectera que cette phénoménologie est fondée sur la relation,
conception que Rovelli a également adoptée. Mais la nuance majeure - et qui
traduit une posture métaphysique orthogonale - c’est que l'épicurisme ne
suppose pas de plan sous-jacent ou surplombant à ces relations entre acteurs
(les Éprouvants pour Panodia). Pour les épicuriens, comme pour Panodia, ainsi
que pour un philosophe physicien tel que Michel Bitbol, le Réel ne peut pas
être défini pas un fondement unique permettant de rendre compte de tout mais
par le jeu multiple de toutes ses manifestations. L’Un est ce qui accueille
Tout et non ce qui expliquerait tout.
13. L’Un est dans le Tout.
Sur cette filiation revendiquée avec une certaine
insistance, il suffirait de remarquer que les doctrines antiques ne
visaient évidemment pas à expliquer la nature du Réel sur un mode scientifique,
comme l’ambitionnent légitimement Rovelli et les siens, mais de mieux intégrer
l’homme dans le cosmos. C’est exactement ma démarche avec Panodia. Dans ce cas,
la croyance "plausible" est le plan sur lequel la pensée finit
sagement par se déposer et sur laquelle elle se repose. Il ne s’agit pas d’apporter
des preuves mathématiques ou expérimentales, mais de ne pas contredire celles
qui font consensus, notamment quand elles sont scientifiques. Cela n’ôte rien
de la puissance visionnaire de certaines intuitions nues, non fondées sur des
opinions circulantes ou des arguments d'autorité (comme dans la recherche
scientifique actuelle). Plus que de filiation entre doctrines anciennes et
science contemporaine il faudrait se contenter de parler de reconnaissance de
certaines intuitions à travers les âges.
D’ailleurs si les présocratiques nous ont laissé des
fragments souvent mystérieux dont nous pouvons user à notre guise, les
doctrines hellénistiques, beaucoup mieux informées, nous invitent à la prudence
dans le recyclage. L’épicurisme, en particulier, doit être adopté comme un
tout, notamment via son Quadruple Remède (tetrapharmakos) et
ses trois piliers indissociables que sont la Physique, la Canonique et l’Ethique.
Toutes les propositions particulières, l’atomisme en particulier, doivent être
rapportées à la conception d'ensemble et servir l’objet général de la doctrine.
C’est bien pourquoi je rattache Panodia à l'épicurisme ancien. Ce n’est pas le
lieu de répéter mes arguments ici. Je voulais simplement me démarquer par
rapport à Rovelli qui fait chez Lucrèce des prélèvements si sélectifs qu’ils dénaturent
la doctrine.
Et les anciens dont Rovelli se réclament, que
pensaient-ils du Temps et de la Mémoire ? La jugeaient-ils facultative eux
aussi ?
14. Les anciens, le Temps et la Mémoire.
On sent dès l’introduction du premier chapitre que
Rovelli veille à effacer des écrits de ceux auxquels il se réfère ce qui
pourrait suggérer une mémoire de l’Univers. Mémoire n'implique pourtant
pas finalisme. La mémoire serait ici a minima une forme d’auto-apprentissage
par lequel ce qui s’est passé laisse des traces qui pourront servir à ce qui se
passera. Or cette forme de mémoire est bien suggérée par Anaximandre et par
Démocrite. Il y a par exemple un célèbre fragment d'Anaximandre que Rovelli
interprète de façon purement géométrique alors qu'il est profondément mémoriel
:
Pour qu'il y ait "justice" et "réparation", il faut en effet que l'instant présent porte en lui la trace d'un déséquilibre passé. Si l'univers était réellement amnésique (comme le suggère Rovelli), il n'y aurait aucune "dette" à rembourser. La "Nécessité" d'Anaximandre est comme une mémoire comptable. L'univers se souvient de l'état précédent pour ajuster l'état suivant.
Démocrite, quant à lui, postule que les atomes sont éternels et immuables, mais que leurs assemblages créent des "qualités". Les atomes ne s'assemblent pas par miracle. Leur forme même (certains ont des "crochets", d'autres sont "lisses", etc...) est une structure qui prédétermine les rencontres possibles. Dans ce cadre profondément et indubitablement naturaliste, la structure de l'atome est le sédiment d'une stabilité acquise. Même si Démocrite ne théorise pas l'évolution de l'atome, l'idée que la "forme" (la géométrie chère à Rovelli) impose une contrainte sur le futur est une forme de mémoire structurelle. On pourrait parler ici de naturalisme mémoriel, d'une habitude sans intention, d'une mémoire qui n'est pas une "volonté" venue d'on-ne-sait-où, mais une simple conséquence physique, d'un hasard qui se fige et qui impose une direction - peut-être une contrainte - pour le futur. Chez les atomistes (et chez Épicure), les atomes s'assemblent certes par hasard. Mais une fois qu'une forme est stable, elle tend à persister ou à se reproduire. Ce n'est pas parce qu'elle "veut" atteindre un but, mais parce qu'elle est devenue une voie de moindre résistance.
N'en déplaise
à Rovelli, pour un naturaliste authentique la mémoire peut être un sédiment ;
elle est comme le lit d'une rivière. La rivière ne "projette" pas
d'aller vers la mer ; elle suit simplement la pente qu'elle a elle-même creusée
par l'érosion passée.
15. Un Bloc-Univers.
Rovelli décrète que le temps est arrivé (encore lui)
de remplacer l’espace et le temps, pardon : l’espace-temps par le champ de
gravité quantique et, plus spécifiquement encore, par la gravité quantique à
boucles. Il s’agit du temps de la physique dont les épistémologistes nous
disent qu’il est parfaitement réversible et qui si l’on remplaçait la variable
temps par son inverse -t, la loi physique reste valide, à l'exception du
deuxième principe de la thermodynamique, qui décrit la dégradation irréversible
de l’ordre ou entropie.
Très bien. Restons donc sur le terrain du temps
de la physique et mettons temporairement de côté les significations
philosophiques et littéraires, pourtant si riches. Je n'utiliserai qu’un
argument pour m'opposer à Rovelli et j’identifierai une contradiction
fondamentale chez lui.
L'argument. Quand l’on considère, comme moi et
comme une grande partie de la communauté scientifique, que le Réel est de
nature phénoménologique et qu’il naît des regards croisés que les partenaires
se portent les uns sur les autres, alors ce qui paraît comme une « illusion
d’optique », une « manifestation » ou une « émergence »
(les mots sont repris de Rovelli lui-même) fait partie intégrante du
Réel. Le temps n’est pas un sous-produit de la raison scientifique, un
transcendantal kantien dont nous aurions de la peine à nous émanciper. C’est
une composante fondamentale du Réel dont il n’est pas téméraire de penser
qu’elle est perçue également par des partenaires relevant au moins de l’échelle
moléculaire, à défaut de l’être par le réseau de spins des boucles quantiques
de Rovelli. Le temps c’est tout simplement la raison d’être de Panodia.
La Contradiction. Rovelli se réclame d’une vision purement relationnelle de l’univers où les "choses" résultent de rencontres. Or son modèle de gravité quantique semble préexister avant toute relation. Il est tellement surdéterminé qu’il semble même préexister à lui-même, telle une Forme platonique, sophistiquée autant que définitive. On pourrait parler à son sujet d’un réalisme structurel poussé jusqu'à la caricature. La fonction relationnelle y est inscrite mais tout semble joué d’avance. Il nous propose une structure figée, un "bloc univers" où la rencontre ne produit rien de nouveau et ne laisse pas de traces.
On notera que j’ai conclu ce billet par le Temps, car
c’est la principale pierre d’achoppement et le thème majeur du prochain ouvrage
à l’étude, celui de Lee Smolin La renaissance du temps.
Date de révision : 11/05/26
jean.de-rycke@orange.fr
