JOURNAL INTERIM - Février 2026 - Rébellion de B - A reprend la main - Cela seul - Panodia comme guide - Actualité de la canonique épicurienne. ...
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| Le Cher à Savonnières, 31 janvier 2026 |
J'inaugure une nouvelle forme du Journal du lecteur antérieur. Il s'agit désormais de laisser s'exprimer les voix en moi qui soutiennent ou, au contraire, qui résistent au projet intellectuel au long terme ou celles qui en anticipent les prochaines phases.
Comme le montre cette première livraison, c'est une façon pour moi de respirer entre des billets philosophiques devenus plus exigeants, des essais véritables, et de les montrer en train de se faire. C’est donc aussi le chantier des idées, dans un désordre assumé mais toujours avec un souci de lisibilité.
Chaque billet interim est posté quand il a atteint un stade intéressant mais il évolue jusqu'à la publication du prochain billet.
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Rébellion de "B"
Malgré ma volonté d’aller plus loin dans la description de mon cosmos Panodia, je prends la décision d'arrêter ici l’écriture des idées.
Voilà plus d’un an que je décris cet ultime refuge. Je l’ai trouvé. Je l’ai même mis à l'épreuve. Il me convient.
Comme le but à atteindre n’est ni point ni ligne mais zone floue où des marges de progrès semblent toujours possibles, j’ai prolongé mon effort de compréhension. Mais j’aurais beau sophistiquer Panodia, la doctrine est désormais satisfaisante en terme de cohérence globale et d’universalité. Les recoins d’ombre sont autant de terrains de jeu pour la méditation.
Je m'arrête pour ne pas entraver l’étape suivante, celle que la doctrine avait vocation de préparer. Expliciter outre mesure risquait de renforcer le soi et de durcir le for intérieur. Je me revendique néo-épicurien et non pas stoïcien : l'épicurien va spontanément vers le monde et vers l’autre tandis que le stoïcien se replie sur le soi jusqu'à atteindre le stade de la statue intérieure.
Le lecteur en moi reprend donc sa totale liberté. Le lecteur mais aussi l’observateur et l’écouteur, le capteur. Il y aura toujours une forme de méthode, mais elle ne visera pas à m’approprier quelques signes d’intelligibilité de plus sur ce cosmos qui m'accueille déjà, mais à le laisser prendre possession de moi.
Un nouveau journal pourrait être cet espace de réceptivité au monde. A condition toutefois qu’il n’engage plus le soi, et moins encore l’intellect. De forme radicalement libre il laisserait parler les autres ainsi que les choses venant à ma rencontre.
Quant à Panodia, c’est en rassemblant les articles de l’année passée qui lui sont consacrés que je verrai mieux les compléments théoriques essentiels à lui apporter. En publiant l’ensemble révisé sous la forme d’un essai unique, le cycle des images élémentaires m’apparaîtra peut-être comme une pièce essentielle du dispositif.
C’est le terme d’une étape de l’existence et le début d’une autre. Si l’écriture devait y avoir sa part, ce serait comme auxiliaire, là encore, et non pas comme objectif. L’amateur écrit pour mieux vivre mais il ne vit pas pour écrire.
Les pinsons sont revenus. Leur chant à l’aube pour la première fois de l’année :
https://xeno-canto.org/species/Fringilla-coelebs
"A" reprend la main
Le mouvement réside dans l’intellect et dans sa perpétuelle recherche. Il faut préserver ce moteur sans lequel tout s’arrête. Mais il faut aussi savoir déposer les acquis de la recherche dans une forme simple, accessible, communicable, voire assimilable à une habitude.
Cette forme d'écriture qui ne dissocie pas la recherche intellectuelle de la vie dans sa plus grande simplicité, qui n’est pas obligée de les alterner pour qu’elles co-existent, existe sans doute. Au fond, c’est cela l’objectif : effacer cette dernière frontière. Le pinson et le phanème.
Comme B, je pense donc qu'une nouvelle phase commence. Mais, contrairement à lui, je me rends compte que l'écriture est devenue la vie.
Premiers narcisses de Hollande :
Cela seul
Mon propos philosophique devient sans doute de plus en plus personnel, détaché du tronc commun. Je garde pourtant le souci d’être compris. Ce chemin d’intellection reste partageable en théorie mais pour avancer je dois désormais accepter qu’il ne le soit plus. L’attraction que je ressens n’est plus pour mes semblables, du moins pour ceux que je pourrais prendre par la main. Elle est dirigée vers Cela, une autre instance qu’il s’agit, elle aussi, de convaincre. Oui, le Dieu auquel je m’adresse, si c’en est un, n’est pas donné, il se gagne et n’a jamais fini de se gagner. C’est Cela seul qui me reconnaîtra.
Panodia comme guide
Sans Panodia ma pensée resterait errante et, faute de pouvoir inventer par soi-même, elle finirait par se tarir et par renoncer. Le projet existentiel attire les idées à lui. Le modèle cosmologique les accueille, le soi leur confère sa consistence. Je fais tous les matins une pêche très sélective aux idées, je rejette beaucoup plus que je ne retiens, et c’est ce tri impitoyable qui donne son intérêt à ma démarche. Le contraire en somme d’un projet philosophique professionnel.
Il s’agit, chaque matin, de veiller à rester en prise directe sur la vie. Criterium essentiel sans lequel mon intellect ne produit rien qui vaille.
On est noyé dans tout ce qu’on pourrait être. On est submergé par ses propres potentialités. Par exemple, la mémoire nous appâte sans arrêt en présentant à la conscience des souvenirs bouleversants, ceux du désir et de l’amour en particulier, et qui font de nous des êtres poétiques en puissance. Ce plan de la mémoire heureuse est inépuisable, ́mais d’une richesse déstabilisante. Qui est capable de garder l’équilibre au milieu de telles déferlantes ? Les grands poètes, les grands artistes sans doute. A moins qu’ils ne soient capables de s’y abandonner jusqu'à la perte.
Être c’est préserver la liberté de trier parmi des possibilités indéfinies. C’est avoir conscience de ce qu’on a choisi et de ce à quoi on a renoncé. Il n’y a pas d’être nu mais des grades de l’être réglés sur le niveau de cette liberté intérieure.
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Actualité de la canonique épicurienne
Je ne m'attendais pas à être conforté dans mon attirance spontanée pour l'épicurisme par un point de doctrine séminal de Panodia : la définition du Réel phénoménal. Pour Épicure le réel est tel qu’il nous apparaît. Il n’est rien sans une instance qui l’appréhende. Il n’est rien en soi. On est ici au cœur de la phénoménologie de l’expérience, de l’éprouver. Épicure a été littéralement dénaturé par le matérialisme et le sensualisme des XVIIe et XVIIIe français et continue de l’être aujourd'hui par ces mêmes philosophies contaminées de surcroît par un hédonisme de mauvais aloi. La sensation chez lui fait corps avec l’objet du ressenti et elle ne se limite pas aux produits, trop humains, des cinq sens. C’est bien une appréhension, ou une aperception, qui engage l’éprouvant dans sa relation au Tout. Je ne vois rien encore dans mes lectures qui contredise cette façon d'envisager l'épicurisme.
On pourrait considérer comme nulles et non avenues les théories (visions) cosmologiques des anciens, la science contemporaine les ayant rendues caduques. Mais quand on y regarde de plus près - par exemple moi en ce moment avec l'épicurisme - on se rend compte que les philosophes d’alors ne prétendaient pas expliquer la réalité, soumettre des faits à l'épreuve d’autres faits, mais simplement saisir ce que la pensée nue voulait leur signifier. Et bien cette pensée débarrassée des scories de l’opinion, cette pensée en action usant des outils universels que sont l’inférence et l’induction, cette pensée émancipée leur suggérait des concepts qui, malgré les strates de signification que le temps a interposées entre eux et nous, restent pertinents et créatifs de nos jours. Ils pratiquaient ni plus ni moins ces expériences de pensée qui ont permis à Einstein, faisant retour aux sources de notre aperception humaine du monde, de faire ses prodigieuses découvertes. J’y reviendrai lorsque j’essaierai, à ma manière limitée, de mettre la physique épicurienne (physiologia) en regard de la physique quantique et de la cosmologie contemporaine.
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Rousseau, Châteaubriand - Gracq, Jouhandeau. Comme pour mes humbles écrits, ce n’est pas tant le contenu de leurs œuvres qui importe que la qualité du ciment qui en relie les éléments. Et ce ciment, c’est l’image personnelle que je me fais de chacun d’entre eux, image dont je me plais à croire qu’elle est originale. Si je devais écrire sur eux (à la suite de mes lectures), c’est uniquement pour mieux pénétrer cette vision personnelle.
L’un des grands mérites de Panodia est de pouvoir accueillir toutes les croyances sincères, aussi transitoires soient-elles. Nous sommes faits, chacun d’entre nous, de la somme de nos velléités et de nos virtualités, notamment en matière spirituelle. Panodia s’impose ainsi comme le cadre général dans lequel on ne s’interdit rien, le Tout dans lequel Tout peut encore s’inscrire.
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Je reprends pied dans mon corps avant l'intervention chirurgicale dans un mois. Je me resaisis. Un mieux passager dans une période de dégradation. Cette fragilité s’associe à une certaine volupté, probablement liée à une attention accrue à une partie de moi que je ne soupçonnais pas avant. Je me rapproche de moi tout en étant relativement indifférent à tout ce qui pourrait m’arriver. Après avoir bâti une philosophie saine c’est peut-être le centre de mon repos que je suis en train de trouver.
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Écrire c’est exagérer le sacrifice ordinaire. C’est privilégier quelques pans de soi. Un seul souvent. C’est aussi s’aliéner à la durée, car écrire c’est remplir des lignes de signes, c’est attendre que de mots émerge un sens. Les écrivains ont consenti à ce sacrifice pour nous. Dès lors pourquoi se fatiguer ? Il nous suffirait, passé un certain âge, passé le temps des conquêtes et de la reconnaissance, d’en sélectionner quelques uns, selon des critères personnels, et de vivre de leur vie.
Ce Journal interim est en cours jusqu'au prochain essai philosophique. Les sous-titres et l’organisation ne sont pas definitifs ...
jean.de-rycke@orange.fr

