OU BIEN OU BIEN - objectif atteint - écritures et révisions - le temps qu'il reste - un après - dédoublement - l'existence comme projet - typologie quadruple - Bachelard architecte - Transaction.
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Diego Velázquez - La forge de Vulcain - Musée du Prado |
Ou bien : 11 décembre 2025
Il est difficile de décider que c’est terminé. Quelqu'un en moi (le Numéro 2) veut aller plus loin mais ce quelqu'un a de la peine à s'imposer aujourd'hui. Je pourrais ne rien décider, laisser le blog ouvert, l’ajourner à jamais. Laisser croire qu'il y aura une suite.
Clôturer serait signifier que le but est atteint. Car il l'est de fait. La progression du blog, depuis l'identification des idées que l'existence appelle et retient spontanément jusqu'à la construction d'une doctrine apparentée à l'épicurisme antique, donc vers un ordre intérieur accueillant et résistant à la morosité ambiante, cette progression me satisfait.
D'ailleurs, l'intellect et l’écriture sont pour moi, Numéro 1, des moyens à la disposition de l’existence et non pas des buts en soi. Certes je place très haut l’étude pour l’étude, mais à mon âge (bientôt 75 ans), il s'agissait juste de préciser le cadre définitif que l’esprit s’assigne et dans lequel il se reconnaît. Je dispose désormais de ce cadre et je m'y reconnais.
Jusqu'à ce jour l'écriture était indispensable pour clarifier mes idées sur l’existence. Et puis écrire c'était une façon de m’adresser à l’autre, de l’inviter à entrer dans ma vie et dans mes vues, un dernier avatar amoureux. Mais l’écriture qui s'appuie sur l'étude est très coûteuse. Paradoxalement, elle ampute le temps de la lecture comme plaisir, mais aussi celui de l'écoute de la musique, de la contemplation au jardin, de la vie en somme.
Sans compter qu'en continuant dans le champ des idées, je risque d'entrer dans des détails sans retentissement significatif pour l'existence, voire dans des exercices de style "philosophiques". Cette pente est perceptible dans mes derniers billets. Je m’achemine vers l’étude érudite, comme un étudiant en philosophie. Ce n’est certes pas l’objectif d'un vieil homme qui, décomptant ses jours, regarde avec anxiété les romans encore à lire de sa bibliothèque et qui désespère de connaître un jour le nom de toutes les plantes de son jardin.
Y aurait-il un APRÈS ?
Ou bien : 14 décembre 2025
Finalement, mon progrès, je le sens bien, est conditionné à une forme de dédoublement. Le Lecteur, le Numéro 2, est un personnage quasi-fictionnel qui assume mes excès, mes incohérences, mes tergiversations, qui porte en permanence mon barda de livres à lire et qui, au cœur des nuits, n’a de cesse de me rappeler à mes bonnes résolutions. Par son hubris, son optimisme et sa curiosité il m'entraîne et m'inspire, moi qui pourrais au fond fort bien me passer de tout ça.
Oui, Numéro 1 résiste en cette fin d'année, il voudrait faire valoir ses droits à la retraite. Il veut arrêter, doutant de l'utilité du blog pour l'existence désormais. Mais qu'est-ce que l'existence sinon un projet, lui objecte Numéro 2 ? D'accord, mais si l'existence n'est pas une simple niche, une pure ambiance, c'est quand même un équilibre à préserver, nuance numéro 1. Même quand on conduit un projet exigeant, il faut rester maître de son temps, ne pas se hâter, laisser chaque chose occuper naturellement sa place, y compris les plus triviales. Bien dormir, bien manger, s'occuper de ses proches, faire de l'exercice.
Mon découragement momentané est dû au fait que ma lecture antérieure du corpus Bachelardien sur l'imagination des éléments, lecture appliquée et respectueuse, s'avère insuffisante (voir mes résumés). Elle doit être revue à la lumière des conceptions de mon modèle Panodia. Je crois tenir maintenant une façon de réinterpréter de manière homogène l'ensemble des ouvrages. Je suis en particulier obligé de revoir entièrement mon résumé en cours des deux volumes sur les rêveries de la terre, commencé il y a longtemps et resté inachevé. Une remise en question nécessaire, qui ralentit mon progrès tout en ouvrant de nouvelles perspectives.
Avant-goût
Pour faire patienter mes lecteurs - car il va me falloir du temps avant de poster mes prochaines contributions sur Bachelard - je donne ci-dessous un avant-goût de mon schéma d'interprétation de l'imagination des éléments, un composé Panodien à base de Jung, de Peirce et de Bohm. Je propose une quadruple typologie psycho-philosophique : Archétypes → Qualia → Images → Complexes. Cet ordre est logique car il déploie la dynamique de l'imaginaire : depuis le potentiel universel (les Archétypes) jusqu'à la Loi de Destin (les Complexes), en passant par le champ phénoménologique (les Qualia et les Images) qui à la fois la construit et la manifeste.
Pour la clarté du propos, je renonce à refléter dans mon résumé la dispersion créative de Bachelard avec ses multiples références littéraires - tendance qui se renforce dans les rêveries de la terre. Dans ma transposition, je retiendrai essentiellement les points pertinents pour Panodia, puisque l'objectif est d'enrichir le modèle. Je ne sacrifierai cependant pas la littérature et certains des auteurs cités par Bachelard seront mis en valeur, même si le choix est très sélectif.
1. ARCHÉTYPES
Selon Jung auquel je me référerai ici (comme Bachelard), les archétypes sont les schèmes psychiques universels et collectifs, précédant la conscience donc les phénomènes, donc les images telles que Bachelard les conçoit [voir Le lecteur et Jung 2/3]. Dans Panodia les archétypes sont contenus dans Unusia, l'ordre implicite, avec les formes.
2. QUALIA
Les Qualia sont définis comme les propriétés qualitatives des états mentaux de la conscience phénoménale (voir article Qualia de l'Encyclopédie philosophique en ligne). Peirce fut le premier à utiliser le terme de quale comme représentant de "la qualité pure, immédiate et non analysée, sans référence à quoi que ce soit d'autre", donc relevant, sans impureté ni mélange, de sa Catégorie universelle Priméité.
C'est la définition du quale (pluriel qualia) que j'adopterai ici, la notion ayant fait florès après lui, avec toutes les altérations qu'on peut imaginer (mais que j'ignore encore).
Il faut avoir présent à l'esprit que dans cette définition pionnière de Peirce, le quale se réfère non seulement à une perception sensible (immédiatement médiée par l'un des cinq sens) mais plus généralement à une perception mentale émancipée des sens. De fait, on peut distinguer deux types de quale chez Bachelard : le quale senti et le quale rêvé.
Le quale senti, qui est le lieu de l'expérience immédiate, est susceptible d'aliénation tandis que le quale rêvé, à quoi conduit l'image dynamique bachelardienne, est un retour à une Priméité sans risque de contamination sensorielle. Bien que susceptible d'aliénation (devenir en particulier une image-cliché), le quale senti est toutefois la Priméité authentique (l'image-princeps) dans l'imagination dite activiste, notamment celle de la Terre où l'engagement kinesthésique et haptique court-circuite le regard aliénant.
Attention : Bachelard n'use pas lui-même du terme quale et ne fait pas expressément référence à cette notion. Mais il y a plusieurs termes équivalents chez lui dont celui d'image princeps, ce qui nous mène à l'item qui suit.
3. IMAGES
Si les Qualia (section précédente) représentent l'aspect le plus pur de la Priméité, les Images constituent, quant à elles, le champ phénoménologique complet de la rêverie éveillée, incluant également la force (Secondéité) et la relation (Tiercéité) de l'imagination. Chez Bachelard les images relèvent explicitement de la phénoménologie lorsqu'elles opèrent leurs transformations dans la conscience du rêveur - le rêveur des rêveries et non celui du sommeil - à partir des formes primitives. La définition de la phénoménologie chez Bachelard est floue et accueillante, ressemblant en cela à celle de Peirce : "ce qui surgit spontanément à la conscience d'un éprouvant". Elle suppose une expérience.
En conséquence on peut appliquer aux images générées par l'imagination des éléments l'analyse phanéroscopique et sémiologique de Peirce, qui permet de dévoiler leurs modes d'être et de découvrir les signes structurant le passage de l'image primitive telle que définie Bachelard jusqu'au symbole poétique le plus épuré [voir Peirce et Panodia 2/3 et Peirce et Panodia 3/3];
Les images, qui traduisent des états mentaux, sont donc loin d'être toutes des qualia. Seule une catégorie d'entre elles peut prétendre au statut de quale comme je l'ai indiqué plus haut (image princeps).
Bachelard valorise aussi beaucoup les images qui correspondent à la Catégorie universelle Secondéité (l'effort, la rencontre, le choc) et dans une moindre mesure à la Tiercéité quand elles illustrent une loi psychologique (voir plus bas les Complexes).
Quand il parle d'images premières, il faut prendre garde. C'est à tort qu'on considérerait ces images premières pour des qualia. Souvent initiées par la sensation, ce sont des images d'emprunt, des clichés hérités de l'habitude et de la tradition, de la culture, des Tiercéités en vérité, qui nous viennent automatiquement, mais dont il faut s'émanciper par la rêverie pour retrouver la priméité donc l'authenticité.
Ces images premières - dont il faut essayer de s'émanciper - constituent le dénominateur commun de la réflexion épistémologique et de la pensée poétique de Bachelard sur les éléments matériels. On persiste, par commodité ou par nécessité de spécialisation, à en faire des champs disjoints. Pourtant l'intersection est riche et elle mériterait d'être plus approfondie. Elle contient en particulier toutes les spéculations des alchimistes, poètes autant que pionniers de la recherche scientifique.
4. COMPLEXES
Chez Bachelard le Complexe est donc la loi personnelle et inconsciente qui permet à l'énergie collective de l'Archétype de façonner un destin singulier à travers l'activité imaginante. C'est une Tiercéité passée par l'expérience individuelle mais destinée à opérer dans l'inconscient individuel c'est-à-dire hors du réel phénoménologique.
Le complexe a donc un statut doublement ambigu. D'abord il a un caractère universel et relève de l'inconscient (comme les archétypes) et pourtant il façonne de manière dynamique le destin individuel. Ensuite, on pourrait le considérer comme la dernière étape de la fonction imaginante puisqu'il a besoin des images pour s'édifier (impératif de genèse).
Mais inversement c'est aussi un moteur de création des images, une sorte de patron sur lequel d'autres images vont se former (impératif d'interprétation). On peut lever en partie cette ambiguïté en adoptant un modèle de boucle récursive dans lequel le Complexe est l'habitude dynamique qui sédimente et, en même temps, amplifie les images futures. Il est à la fois le résultat de la fonction imaginante et le moteur de son organisation dans un processus amplificateur, un peu comme une réaction enzymatique en biologie.
Ce n'est qu'à travers la répétition et la sédimentation de ces Qualia Princeps que la Tiercéité se constitue, se chargeant d'une force dynamique et structurante. Le Complexe (Tiercéité) est alors cette loi d'habitude qui, une fois édifiée, amplifie et oriente l'interprétation des images futures, leur conférant leur destin singulier.
Transaction
On aura compris que le lecteur (Numéro 2), qui a gain de cause aujourd'hui, poursuit impunément sa stratégie d'annexion, de réinterprétation et d'assimilation; qu'avec Bachelard il a recruté un nouvel architecte de son cosmos personnel alors qu'antérieurement cet auteur était un objet de curiosité et d'admiration. Il y a quelques années Bachelard suggérait et éveillait, désormais il œuvrera en bon artisan de Panodia.
Mais c’est inévitablement Numéro 1 qui aura le dernier mot et c’est peut-être la meilleure façon de le définir, lui qui a une perception aiguë de la dernière échéance. N°1, s'appuyant sur le viatique philosophique préparé par N°2, envisage d’écrire sa biographie, plus exactement d’écrire comment son passé retentit dans son présent. Ce pourrait être l'affaire des prochaines années, toute innovation philosophique cessante.
Une transaction entre N°1 et N°2 pourrait se dessiner durant la période de transition. Enrichir Panodia de tout le butin rapporté des essais de Bachelard sur l'imagination des éléments pourrait-il bénéficier à l’écriture de la vie ? C’est dans cette seule perspective que N°2 envisagerait de réinterpréter le corpus Bachelardien. N°1 en sortirait-il mieux armé ? Le jeu en vaut-il la chandelle ?
EN PRÉPARATION
Méditations panodiennes Libre transposition à partir des deux ouvrages de Bachelard : La terre et les rêveries de la volonté et La terre et les rêveries du repos. Selon une typologie quadripartite inspirée par Jung et Peirce: (1) Archétypes - (2) Qualia - (3) Images - (4) Complexes. Chaque méditation sera illustrée par des morceaux choisis d'auteurs cités par Bachelard (Paul Valéry, Rainer Maria Rilke, Victor Hugo, Charles Baudelaire, Edgar Allan Poe, Honoré de Balzac, Jules Verne, Émile Zola, Goethe, Gérard de Nerval, Henri Bosco, Francis Jammes, Aloysius Bertrand, Pierre Jean Jouve, Paul Éluard, Jean Follain). |

